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vendredi 15 juin 2018

Rencontre avec A. Marot et C. Van Wilder

Au début du mois, Cocyclics a organisé une rencontre avec deux autrices : Agnès Marot (IRL, De l'autre côté du mur, ...) et Cindy Van Wilder (Les Outrepasseurs, ...). Vu que celles-ci sont aussi des Grenouilles, ce n'était pas ma première occasion de les rencontrer. Néanmoins, cette fois, elles étaient là pour nous faire partager leur expérience professionnelle...

Vous connaissez la routine, blabla, avertissements de rigueur : je retranscris ici les notes que j'ai prises pendant la conf ; il est donc tout à fait possible que j'aie fait des contresens et tout à fait certain qu'il manquera des bouts 😁 (sans parler du côté décousu et de ma difficulté à me relire 😳). Les éventuels commentaires entre [ ] sont de moi, et les passages entre guillemets sont censés être des citations.

Pour rappel : 
  • AM est publiée chez Gulf Stream, Scrinéo, Nathan, Armada et le Chat Noir*. Elle est également directrice de collection Young Adult chez Scrinéo. Elle écrit pour le public YA et les enfants.
  • CVW est publiée chez Gulf Stream, Scrinéo et Rageot*, et écrit également en YA et enfants, mais a aussi publié (sur Wattpad et en papier) une novella pour adultes.
Actuellement, elles travaillent sur un projet à quatre mains, qui sera publié chez Nathan. Toutes les deux écrivent principalement de la SFFF, mais pas exclusivement.

AM a travaillé pour Fyctia (un genre de "Wattpad de la romance", qui fait régulièrement des concours et publie les gagnants), comme correctrice de forme (quelqu'un d'autre se chargeait du fond). C'était un gros travail éditorial, car les textes sont du pur premier jet**. La qualité n'est donc pas terrible, mais pour les gens qui y postent et ne connaissent pas de communauté comme Cocy, c'est très motivant.
Chez Scrinéo, en revanche, elle travaille à la fois le fond et la forme des textes qu'elle étudie.

Toutes les deux sont plutôt jardinières, mais CVW aime se faire un canevas... qu'elle ne suivra pas forcément 😁 Elle aime néanmoins avoir une idée précise de la fin.

AM écrit toujours à la première personne et au présent, mais CVW varie plus.

Elles ont évoqué le problème des pitchs qui peuvent être trop "cliché" alors que l'originalité du texte est ailleurs.

Dans leur roman commun, elles ont chacune un personnage de point de vue, afin qu'on sente bien la différence de ton entre les deux personnages. Pour bâtir l'histoire, elles y sont allées "en free style", faisant rebondir leurs idées l'une sur l'autre, et chacune cherchant à "compliquer les choses au maximum pour l'autre personnage et son autrice" 😈 
Elles se relisaient l'une l'autre au fur et à mesure, en se corrigeant/bêta-lisant en allant, afin d'avancer avec un minimum d'incohérences. 

Leurs chapitres font entre quatre et six pages Word, avec toujours une "action forte" par chapitre (même si celle-ci n'est pas forcément une action tout court).

AM commence toujours par créer les personnages, et tout repose dessus.

CVW est globalement représentée par un agent, R [qui nous avait parlé de son métier il y a deux ans]. AM n'en a pas : en tant qu'éditrice de métier, elle aime bien tout contrôler et avoir un contact direct avec son éditeur. R se charge cependant de leur projet commun, et AM apprécie car ça la décharge de plein de contraintes et leur a permis des négociations avantageuses (bien que longues).

CVW est sinon traductrice (d'ouvrages techniques), comme boulot alimentaire.
Elle a plusieurs projets en parallèle dans sa tête mais ne bosse généralement que sur un seul à la fois ; pas dans le cas du récit à quatre mains, par contre, parce que le rythme d'écriture, avec les allez-retours du texte entre elle et AM, laisse beaucoup de "blanc". 

AM, elle, reste sur un seul projet à la fois et se dit incapable d'avoir une nouvelle idée tant que la précédente n'a pas été menée à son terme.

Pour ce qui est de la présence des auteurs sur les réseaux sociaux : AM pense que ce n'est pas nécessaire, et qu'il ne faut le faire que si on en a envie. Ca peut remonter le moral (même quand on a écrit plusieurs romans, on peut quand même se dire qu'on est nul). Par contre, ça ne booste pas forcément les ventes : Patrick McSpare vend trois fois plus de bouquins qu'AM, mais il n'avait pas beaucoup de monde en dédicace.
CVW : On met beaucoup de pression sur les auteurs pour qu'ils soient présents sur les réseaux sociaux, mais si on se force, ça se voit. De plus, les auteurs ne sont pas briefés sur le sujet, et ça peut causer des catastrophes si quelqu'un dit une connerie. 

AM : Si l'éditeur n'a pas de distributeur/diffuseur [ce qui est le cas des petites maisons d'édition], il faut faire des salons pour vendre. Un problème est que ce n'est pas forcément rentable pour l'auteur, parce que les MdE en question n'ont pas souvent les moyens de le défrayer. Par contre, quand la MdE est assez grosse pour défrayer et avoir un d/d, ça booste quand même les ventes, car ça offre de la visibilité, et beaucoup de bloggers sont souvent présents sur les salons.

CVW : C'est un rapport personnel avec les lecteurs : "quand quelqu'un vient vous voir pour te poser des questions, avec des étoiles dans les yeux, ça donne une force incroyable". Avec le livre serré fort contre eux, qui vous disent à quel point ça les a touchés...
Elle parle aussi du mouvement #payetonauteur et du fait que tous les salons ne se valent pas. 

AM : On ne peut pas taper sur un méchant : tout le système est compliqué, et il faut changer ce système. Pour le Salon du Livre, il fallait faire quelque chose. Mais ce n'est pas forcément adapté à d'autres salons, mieux vaut un dialogue privé.

AM et CVW se sont rencontrées sur Cocyclics (CVW en est d'ailleurs une fondatrice), et sans Cocy, elles n'auraient jamais fait carrière en tant qu'écrivaines. Le fait d'avoir été Permanentes*** et Modératrices leur a appris la diplomatie.

CVW : Cocyclics est la preuve que l'écrivain n'est pas un être solitaire. Etre entouré de personnes qui partagent la même passion que soi, c'est une force.

Leurs conseils aux auteurs : 

CVW : "Lire, lire, lire, et surtout, lire de tout". Il faut aussi sortir un peu de sa zone de confort, s'intéresser un peu à des choses qui ne nous intéressent pas. S'entourer, et être bien entouré.

AM : Quand on est sur le point de recevoir son premier "oui" : se renseigner un maximum sur la maison d'édition, demander aux auteurs de cette MdE ce qu'ils en pensent. Penser à soi comme à un professionnel, au moment de signer le contrat [au sens "vous avez autant le droit à la revendication que la personne en face de vous, un contrat est un échange"]. Essayer de ne pas signer pour plus de dix ans. L'éditeur n'est pas un dieu, on est tous les deux des partenaires.

CVW : Le livre est un objet commercial, donc s'il y a un seul point sur lequel négocier, c'est le pourcentage de droits d'auteur, le pourcentage sur les ventes numériques [elles coûtent moins à l'éditeur, donc elle doivent rapporter plus à l'auteur] et la clause de préférence [présenter son prochain livre à cette MdE en priorité et attendre son refus pour le proposer ailleurs], qu'il faut faire supprimer, car elle ne sert à rien [notamment parce qu'il est stupide de présenter un livre de SF à une MdE qui ne fait que de la Fantasy, par exemple]. Au besoin, on peut prétendre qu'on est en pourparler avec d'autres éditeurs, si ça peut faire avancer les choses... 😈

AM : On touche les droits de vente un an après la parution. Il faut aussi faire attention à la provision sur retour, qui correspond aux retours des librairies [des invendus, plus ou moins], et qui peut retenir de 20 à 30% sur les droits de l'année d'après.

CVW : Si la MdE vous paie un à-valoir [en gros, une avance sur les ventes], il faut éviter qu'il soit versé en plus de deux fois.

AM : Eviter aussi l'à-valoir à date de publication [je crois que ça se fait plutôt à la signature du contrat].
Si un éditeur vient vers vous pour une commande, ne PAS commencer à écrire avant d'avoir signé un contrat. Surtout si on fait confiance à cet éditeur 😈

En termes de "manuels d'écriture", AM conseille Ecriture de Stephen King, car il ne fait pas de plan, lui non plus [faudra que je le relise, tiens] et L'anatomie du scénario de Truby, même s'il est très directif [dogmatique et indigeste, àmha, j'ai eu beaucoup de mal à le finir], car il est bien sur le concept des personnages et de leurs failles.
CVW ajoute La dramaturgie de Lavandier à la liste, car il y a beaucoup d'exemples et il explique bien les ressorts dramatiques [je plussoie, il se lit bien].





* : si je n'en ai pas oublié.

** : traduire : pas relus du tout avant d'être postés sur le site 😱

*** : en gros : administratrices.

3 commentaires:

  1. Merci beaucoup, Crazy !!! Comme je n'ai pas pu venir, tristement, cela me permet d'avoir une idée de la rencontre.

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  2. Merci pour le résumé, très intéressant !

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