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mercredi 14 juin 2017

Imaginales 2017 : Masterclass

Masterclass de formation à l'écriture


J'en avais entendu parler il y a un an ou deux : "la masterclass", donnée chaque année par Lionel Davoust et Jean-Claude Dunyach*, à destination des apprentis-écrivains. Cette année, donc, j'ai pris mon courage à deux mains et je me suis inscrite.**

C'était très sympa, donc je ne regrette pas (et il y a eu beaucoup de pub de faite pour Cocyclics 😉), mais je dois reconnaître que je n'y ai pas appris tant que ça : en tant que Grenouille, une bonne partie de ce que j'y ai entendu m'était déjà connu.

Cet année, le thème était "Corriger son manuscrit et envisager l'édition". Les "supports de cours" que nous avons consultés sont disponibles en téléchargement sur le site de Lionel Davoust*** ; comme il le dit lui-même, ce n'est pas juste le support qui est important, c'est tout ce qui se dit autour. Par contre, je regrette de ne pas avoir pris de notes : ok, ça m'a permis d'être plus attentive, mais j'aurais aimé rajouter mes commentaires "sur les diapos" au fur et à mesure.

Il y a eu aussi des exercices de rédaction - je vous épargnerai ma prose 😈
Le premier partait de la description qui nous était donnée d'un habitat extra-terrestre [malheureusement pas présent dans la version des .ppt dispo sur le site de LD], et nous devions en décrire l'intérieur ; le second nous demandait de nous décrire... en n'utilisant que des dialogues ; le troisième, enfin, nous demandait de mettre en scène l'extra-terrestre de la première description face à une recette de cuisine appétissante - et en utilisant le moins possible le sens de la vue.

Parmi les remarques que j'ai retenues, c'est que les auteurs (et JCD en particulier ^^) sont plus sévères et pointilleux avec les gens qu'ils ont envie de voir percer : s'ils prennent du temps pour s'occuper de vous, c'est qu'ils pensent que ça vaut le coup****. Et, dans une moindre mesure, si vos bêta-lecteurs s'accrochent pour vous pousser à améliorer votre manuscrit en vue d'une publication, ben c'est pas parce qu'ils aiment perdre leur temps, c'est surtout parce qu'ils pensent que vous et votre manuscrit le méritez 😎

Pour le déjeuner, nous sommes tous allés dans un restau chinois non loin, ce qui nous a permis de poursuivre les discussions et poser d'autres questions à nos intervenants - très accessibles, donc.*****

Dans la seconde partie, plus consacrée à l'édition, j'ai retenu surtout qu'il était illégal de ne pas séparer un contrat d'édition papier et un contrat d'édition numérique (même s'il sont chez le même éditeur) - ce qui ne me paraît pas illogique, vu qu'un auteur gagne plus sur le numérique que sur le papier, étant donné qu'il n'y a pas d'intervention d'imprimeur dans ce cas.

J'ai aussi noté quelques titres à consulter, que ce soit des exemples de romans avec une structure particulière ou des livres sur l'écriture. Je ne vais pas les donner ici car je ne les ai pas encore lus 😉

A la place, je vais citer ceux que j'ai lus et trouvés intéressants (et qu'il faudrait sans doute que je relise, pour certains 😋)
  • La Dramaturgie, d'Yves Lavandier, qui traite des mécanismes du récit. Intéressant, et pas difficile à lire (contrairement à L'anatomie du scénario, de John Truby, qui est souvent recommandé mais que j'ai trouvé dirigiste et indigeste).
  • Comment écrire de la fantasy et de la science-fiction et Personnages et points de vue, d'Orson Scott Card. Les titres sont explicites 😋 et c'est très clair. Par contre, ils sont difficiles à trouver, même d'occasion, et souvent hors de prix en conséquence****** 😒
  • Ecriture, de Stephen King, une réflexion sur le métier d'auteur, qui se lit aussi bien que ses romans 😀
  • Un article de la revue Solaris : Comment ne pas écrire des histoires, d'Yves Meynard : tout l'essentiel en un abécédaire bien choisi !




* : les Grenouilles sont partout 😉 

** : pour information : c'est sur inscription, via le site des Imaginales, et ça coûte 60€.

*** : il s'agissait, plus précisément de "Comment bétonner son histoire" et d'une version màj des trois .ppt de JCD.

**** : je ne pense pas que l'inverse soit vrai : on peut être débordé et ne pas avoir de temps pour quelqu'un même quand on pense qu'il a du talent 😉

***** : je le précise, mais je le savais déjà 😉

****** : et je tiens trop aux miens pour les prêter 😈

mardi 13 juin 2017

Imaginales 2017 : Belfort (2/2)

Ayant longtemps habité près de Denfert-Rochereau, à Paris, j'étais très curieuse de voir "en vrai" le fameux Lion de Belfort dont je connaissais la réplique...
Evidemment, ça va m'aider à me faire une ambiance visuelle pour mes Trois Bâtards 😉


Il est beaucoup plus impressionnant en vrai !


La Citadelle, vue d'en bas.


Quelques exemples des beaux panoramas qu'on a depuis le sommet.


Passages et tunnels pour arriver en haut...

Et même près du sommet, c'est envahi par l'herbe, pour une ambiance très champêtre 😁


Les fortifications, vues de l'extérieur.


Portes, portails et poternes d'accès.


lundi 12 juin 2017

Imaginales 2017 : Belfort (1/2)

Et donc, j'ai visité Belfort... 
Comme j'en ai ramené une cinquantaine de photos, je mets à part celles de la Citadelle* (et du Lion).
Enjoy !


Canaux.


Le motif du lion est très présent partout.**


J'ai beaucoup aimé le côté "figure de proue martiale" du monument.


Les rues de la vieille ville, avec parfois l'option "toit décoré", comme à Dijon.


Du haut de la Citadelle, on voit bien les toits de la vieille ville, ça m'inspire un peu pour le décor des Trois Bâtards 😉

J'ai beaucoup aimé cette maison à la tour...

La cathédrale de Belfort, en grès rose typique.


L'escalier du Diable donc. Pas très impressionnant 😒


Façade de la fac de Droit, avec de superbes grilles florales 😍


Et encore un lion !


Splendides balcons en fer forgé.


Fontaine, avec une sirène médiévale à deux queues.


J'ajoute également quelques photos d'Héricourt, un village voisin : 


Mur en ruine du château d'Héricourt


Le musée d'Héricourt et ses jolies façades.




* : que les indigènes appellent "le Château", bien que ça n'en soit pas un 😁

** : peut-être un rapport avec la Maison du Lion ? 😝

vendredi 9 juin 2017

Imaginales 2017 : La France a-t-elle un problème avec l'Imaginaire ?

La France a-t-elle un problème
avec l'Imaginaire ?


Comme d'habitude, je mets les avertissements de rigueur : je retranscris ici les notes que j'ai prises pendant la conf ; il est donc tout à fait possible que j'aie fait des contresens et tout à fait certain qu'il manquera des bouts 😆 (sans parler du côté décousu et de ma difficulté à me relire 😣). Les éventuelles notes entre [ ] sont de moi, et les passages entre guillemets sont censés être des citations.



Intervenant : Stéphane Marsan
Modératrice : Silène Edgar*


L'article quasi-éponyme sur ActuaLitté est l'un des plus lus du site. 

L'Imaginaire s'affirme car il a besoin de s'affirmer. Dans les autres pays, on se plaint autant qu'ici, mais en France, on est plus à plaindre qu'ailleurs. Quelques exemples comme quoi la France a un problème avec l'Imaginaire : 
  • Docteur Who est en prime time en Grande-Bretagne depuis plus de quarante ans.
  • en Espagne, Le nom du vent a eu une première édition à 32k exemplaires et en a vendu 700k 😲 En France, à peine 5k...
  • en France, un best-seller SFFF, c'est 10k exemplaires vendus. En Allemagne, c'est un million.
  • en Italie, on vend 200k exemplaires de Jeaniene Frost [série Chasseuse de la nuit - que je n'ai pas lue].
  • en Allemagne, la SFFF est en tête de gondole. En France, les auteurs de SFFF [à part pe Stephen King etc, je suppose ? - à moins qu'il ne parle que des auteurs francophones ?] ne sont jamais #1 des ventes.
  • Sapkowski, auteur de The Witcher (la saga du Sorceleur) a été nominé au Goncourt polonais. En France, c'est inimaginable. Pourtant, à l'origine (si on regarde la description de l'objet du prix), le Goncourt est un prix SFFF, et le tout premier primé a été un livre de SF.

Bref, il n'y a pas assez de reconnaissance en France [je précise cependant que je ne suis pas allée vérifier les chiffres annoncés].

Au cinéma, dans les séries, la SFFF cartonne. Mais pas en France, où c'est très, très dur de trouver de la production [pour des séries SFFF françaises, donc].

Quid des succès qui se vendent sous une autre étiquette ?

On a dit aux auteurs de ne pas dire que c'est de la SFFF [quelqu'un m'a parlé de Bernard Werber, à ce sujet : il vend (très bien) ses romans SFFF sous une étiquette "blanche", sous la recommandation de son éditeur, mais aimerait être reconnu comme auteur de SFFF. Sauf que le monde SFFF le voit un peu comme un traître et ne veut pas en entendre parler 😈]. Un roman de SF qui devient un classique n'est plus un roman de SF, on le "blanchit"**, cf Le meilleur des mondes.
Le problème de l'éditeur est aussi qu'en disant que c'est de la SFFF, il en vendra moins...

En France, l'Imaginaire représente 7% de parts de marché, comme la Romance. Jeunesse et Polar, c'est 18% [chacun, j'imagine]. D'ailleurs, la Jeunesse "perd" son étiquette SFFF, bien que comme la SFFF, la Jeunesse ne soit pas considérée comme de la "vraie littérature" 😞 En France, Harry Potter est une série Jeunesse, pas Fantasy. C'est un blocage psychologique.

On prétend qu'il y a un problème de couvertures trop criardes...

On clamerait tellement la spécificité du genre qu'on réduirait le lectorat ? Le problème, c'est que si on fait une couverture de SF pour un livre de SF, ça attirera les lecteurs de SF. Mais si on fait une couverture moins SF, on ne sait pas ce qu'on attire, et on risque de ne pas attirer le public visé. C'est la question du "qu'est-ce que je gagne ? / qu'est-ce que je perds ?".

Bragelonne a fait des expériences en ce sens, mais les livres étaient quand même rangés en SFFF.

Les libraires devraient-ils bousculer un peu les lecteurs en ce sens, ou risquent-ils de les perdre ?

Le problème du balisage, c'est qu'on sait où trouver ce qu'on cherche. De plus, quand un livre sort, en France, l'éditeur choisit dans quelle case unique il sera. En Angleterre, le même livre peut avoir plusieurs cases, on découvre donc plus facilement quelque chose de nouveau. C'est impensable en France. "Les libraires envisageront un rayon bit-lit quand ce sera terminé". SM a dit ça il y a dix ans, il attend encore. Il faudrait pouvoir mettre les livres à plusieurs endroits, comme en Angleterre.

Bragelonne ne met jamais la mention "Fantasy" ou "SF" sur la couverture, ça se voit directement : dragons, vaisseaux spatiaux... Ils font des expériences avec des couvertures différentes, mais du coup, ça ne marche pas [cf plus haut, sans doute parce qu'ils restent rangés au rayon SFFF].

Le problème est-il qu'une élite définit ce qui est de la littérature ?

Oui. Mais.
Aux USA, les élites aussi méprisent la SFFF, sauf que ça ne l'empêche pas d'avoir du succès. Ils ont des préjugés comme "l'Imaginaire, ce n'est pas sérieux", "ce n'est "que" du divertissement", "c'est pour les enfants".

L'an dernier, une étude du CNL*** sur le lectorat en France a annoncé que l'Imaginaire était la littérature préférée des 15-25 ans. Mais on ne trouve plus de page SFFF dans Le Monde des Livres. 

Et beaucoup arrêtent de lire vers 15-16 ans. SM pense que c'est parce qu'on leur impose de lire "des trucs sérieux" et qu'ils n'ont plus le temps de lire pour le plaisir. On retrouve donc encore une dichotomie entre "le sérieux" et "l'Imaginaire". Seuls des auteurs morts comme Tolkien et Bradbury [qui ne sont pas francophones, en plus] sont (un peu) étudiés.

C'est le syndrome du "j'adorais la SF quand j'étais gamin". Les gens ignorent qu'il existe de la SFFF, des nouveaux auteurs, des romans pour adultes... Néanmoins, si 50% des lecteurs de Young Adult ont plus de trente ans (alors que le public visé est 15-20/15-25 ans), ils ne passent pas à la SFFF adulte après. Le YA siphonne des parts de marché de la SFFF car il est plus séduisant et plus accessible, et ce public pense que la "SF à papa", n'est pas pour eux.

La SF est-elle plus respectable que la Fantasy ?

Dans les années 60, des intellectuels ont milité comme quoi la SF était un vrai genre, car "c'est scientifique et sérieux". Sauf que Star Wars était plus divertissant que sérieux, donc ce mouvement s'est effondré devant une SF populaire et divertissante... et la Fantasy, "divertissante et pas sérieuse", a été boostée.
Par ailleurs, le succès d'un roman de Fantasy ne profite pas aux autres romans de Fantasy [mais est-ce le cas pour d'autres sous-genre ?].

Comment peut-on faire ?

Tous les éditeurs ne sont pas d'accord sur le pourquoi et le comment. Le problème, c'est que ça génère un communautarisme, et nuit donc à la démocratisation du genre. On accuse la Culture, l'Elite, la Presse, ce qui conduit à un repli sur soi et rend cette communauté peu accueillante.
Il ne faut pas segmenter les différentes cultures. La culture Rap, la culture Geek, tout fait partie de la Culture. Il faut défendre ce qu'on aime sans attaquer les autres.

SM cite La dépendance du chemin, une étude sociologique qui montre que même les gens qui ont eu une jeunesse SFFF reproduisent les préjugés des générations précédentes [j'imagine qu'il entend par là ceux qui ont lu de la SFFF dans leur enfance/adolescence mais qui ne font pas partie d'une famille de lecteurs de SFFF].
Ce sont les outsiders, comme Netflix (et Bragelonne 😋) qui permettent de changer la donne et les points de vue [il me semble que Netflix produit des séries SFFF francophones...]. On peut aussi vendre les choses sous une autre étiquette, comme Kaamelott, qui est dans la catégorie "comique" et pas "Fantasy".

Il y a cent cinquante ans, le Roman (par opposition à la Poésie), était aussi mal vu que la SFFF aujourd'hui...

La reconnaissance, c'est différent de la popularité, et la reconnaissance, SM s'en fout : c'est une forme d'élitisme, de "recherche du sérieux", et ça ne marche pas auprès du public.

La problématique est la différence entre la littérature de divertissement et la littérature "sérieuse" qui, elle, a un propos, un but [ce qui est d'autant plus faux, cf la conférence sur le post-apo : même les auteurs "divertissants" sont là pour faire réfléchir]. Et c'est ancré dans l'esprit des Français 😞

Le "Mois de l'Imaginaire", en octobre, est une initiative pour donner de la visibilité et tenter de résoudre un peu le problème auprès des médias et des libraires.
Il faut le faire avec tous les éditeurs, que tout et tous soient représentés.




* : les Grenouilles sont partout ! 😉

** : au sens : il passe en "littérature "blanche"".

jeudi 8 juin 2017

Imaginales 2017 : "Femmes fatales"...

"Femmes fatales"...
ou femmes de pouvoir ?


Comme d'habitude, je mets les avertissements de rigueur : je retranscris ici les notes que j'ai prises pendant la conf ; il est donc tout à fait possible que j'aie fait des contresens et tout à fait certain qu'il manquera des bouts 😆 (sans parler du côté décousu et de ma difficulté à me relire 😣). Les éventuelles notes entre [ ] sont de moi, et les passages entre guillemets sont censés être des citations.



Intervenants : Laëtitia Graslin-Thome (historienne), Jean-Laurent Del Socorro (Boudicca), Sophie Laribi-Glaudel (professeure d'histoire), Charlotte Bousquet (Sang de lune).
Modératrice : Silène Edgar* (au centre).

CB : Elle a écrit une trilogie fondée sur des matriarcats et dirigés par des femmes de pouvoir [j'ai pas le titre sous la main, désolée 😳]. Le féminisme est toujours présent dans ses romans. Dans le monde de Sang de lune, les femmes sont très fortement opprimées (excision, place inférieure...). Pour son personnage, il s'agit moins d'acquérir un pouvoir que de trouver la liberté.

JLDS : Il a "découvert" Boudicca à travers ses recherches pour Royaume de vent et de colère, et a découvert que beaucoup de femmes historiques ont été oubliées par l'Histoire (on les retrouve heureusement aujourd'hui, cf Les Culottées). Pour lui, Boudicca est un hommage à ces femmes.

LGT : Il y a eu beaucoup de femmes de pouvoir dans l'antiquité, mais nombre d'entre elles ont dû cacher leur féminité, "devenir des hommes", comme Hatchepsout. Sinon, c'était vu comme transgressif. Selon les époques, ces femmes de pouvoir ont été perçues de façon différente.

SLG : Dans l'antiquité, Cléopâtre est vue comme une séductrice, qui se sert des hommes et les manipule. Aujourd'hui, elle est devenue un emblème de la lutte de pouvoir chez les femmes "racisées". Etait-elle noire ou blanche de peau ? En tout cas, sa version noire est un symbole de la lutte des femmes afro-américaines.

JLDS : Ce n'était pas tellement un problème pour Boudicca d'être une femme de pouvoir. La guerre contre les Romains était celle de deux sociétés. On la connaît par les textes romains, qui ont un point de vue très particulier sur les femmes - la société celte était beaucoup plus égalitaire. 

CB : L'héroïne de Sang de lune pousse ses consoeurs à la révolte, mais il s'agit d'une réflexion sur l'oppression et la violence, et pas sur la prise de pouvoir d'une femme.
Il faut aussi lutter contre ses propres idées reçues. Celle qui prend le pouvoir et veut libérer son peuple est un autre personnage, qui est partie en quête de l'origine de cette oppression.

LGT : L'historiographie ancienne aime représenter le Mal à travers les femmes. Ou, au contraire, les idéaliser. Cf Zénobie (équivalente à Boudicca en Syrie), vue comme chaste et parangon de vertu.

JLDS : Cf plus haut, il a découvert Boudicca un peu par hasard et ça lui a donné envie d'écrire sur ce personnage. Il évoque aussi Rejected Princesses, sur cent femmes oubliées de l'Histoire.

Comment ces femmes de pouvoir faisaient-elles pour gérer le côté maternel ou sentimental ?

SLG : Cléopâtre a régné en veillant sur ses enfants, a préparé la division de son royaume entre eux et a pensé à sa succession. Elle n'a jamais été présentée comme une mauvaise mère, malgré sa mauvaise image de séductrice.

CB : Dans Sang de lune, la maternité est une contrainte, une prison, des chaînes [me semble qu'elle a mentionné un des persos qui tue sa fille à la naissance, pour lui épargner une vie comme la sienne]. Le thème "je ne suis pas qu'un ventre" revient beaucoup dans ses romans. Pour ce qui est des histoires d'amour, il s'agit plutôt d'une question de confiance et d'acceptation de l'autre.

JLDS : C'est compliqué, pour un homme, de décrire une femme dans son intimité. Il ne veut pas la réduire à un archétype sanguinaire. Et en tant que mère, elle se découvre une tendresse qu'elle ne se connaissait pas. Elle avait aussi une amante, car on pouvait aussi avoir une famille privée, différente de celle qu'on fonde par le mariage arrangé.

Comment ces femmes prennent-elles le pouvoir, et peuvent-elles le transmettre à leurs filles ?

LGT : Ca dépend des sociétés. Chez les Celtes, il n'y a pas de problème ; chez les Grecs, c'est... un ressort comique 😞 Les historiens ont du mal à croire que César est resté aussi longtemps en Egypte par amour pour Cléopâtre, ils préfèrent penser que c'est pour des raisons politiques.

SLG : Hypathie, une femme savante du IVe siècle, a elle aussi été idéalisée et posée comme symbole de l'oppression de la religion sur les sciences. C'était une femme très libre et indépendante, érigée aujourd'hui en symbole féministe... mais elle a une image de chaste vierge, pour avoir refusé de se marier (ce qui était très subversif à l'époque). Son pouvoir est celui de la connaissance.
Il y a aussi Livie, femme d'Auguste, incarnation de la mère vertueuse, qui a été femme, mère et grand-mère d'empereurs.

CB : Quand on veut priver de pouvoir une minorité, on la prive de connaissances, car penser, réfléchir, c'est avoir du pouvoir. Dans Sang de lune, les femmes n'ont pas le droit à la connaissance, ni à l'art (qui est subversif). Réfléchir donne le pouvoir de dire Non et de demander Pourquoi. Savoir (et créer) est la première forme de pouvoir.

Comment les femmes du peuple peuvent-elles accéder au pouvoir ? Est-ce réservé aux élites ?

LGT : On a beaucoup de mal à trouver l'exemple, dans l'Histoire, de femmes du peuple qui sont devenues des femmes de pouvoir. 

SLG : Olympe de Gouges a essayé de donner le pouvoir aux femmes. Elle dérangeait trop et a fini guillotinée (elle était bourgeoise, cependant, pas du peuple).

JLDS : On trouve beaucoup d'exemples de mouvements féministes (comme les suffragettes) dans le passé récent. 

CB : En fait, il y a eu un élan jusqu'au moment de la guerre de 14, mais l'effort de guerre a arrêté tout ça. Après 1917, on a de nouveau l'opposition entre la femme chaste (l'infirmière) et l'ouvrière débauchée (cf Là où tombent les anges). 

SLG : La question de l'intégration des ouvrières aux mouvements des "élites féminines" s'est posée plusieurs fois dans les divers mouvements.




* : les Grenouilles sont partout ! 😉

mercredi 7 juin 2017

Imaginales 2017 : Buffy a vingt ans...

Buffy a vingt ans...
mais les vampires courent toujours !


Comme d'habitude, je mets les avertissements de rigueur : je retranscris ici les notes que j'ai prises pendant la conf ; il est donc tout à fait possible que j'aie fait des contresens et tout à fait certain qu'il manquera des bouts 😆 (sans parler du côté décousu et de ma difficulté à me relire 😣). Les éventuelles notes entre [ ] sont de moi, et les passages entre guillemets sont censés être des citations.



Intervenantes : Céline Landressie (Rose morte), Lise Syven* (La balance brisée), Jeanne-A Debats 💜 (L'héritière, et autres histoires de Navarre)
Modératrice : Solène Dubois.

LS : Il y a des points communs entre Buffy et l'héroïne de la Balance Brisée : son héroïne doit porter des secrets de famille, qu'elle n'a pas choisis, tout comme Buffy n'a pas choisi de devenir la Tueuse. Plus le fait de devoir garder le secret de ses pouvoirs auprès de ses amis (cf Cordelia, qui ne sait rien de l'existence des monstres, au début de la série). Il y a aussi un parallèle entre Giles et le mentor des héros. Et dans cet univers aussi, les vampires sont dangereux, différents de ceux qu'on peut voir dans Twoilettes** ou de l'image romantique.

JAD : Le vrai héros de ses histoires, c'est Navarre, pas Agnès [qui est quand même le perso principal de la trilogie avec L'héritière]. Le but, c'est de lui faire visiter tous les genre de l'Imaginaire [je n'ai hélas pas encore tout lu, mais il a bien des aventures SF, Steampunk...]. Dans L'héritière, elle essaie de prendre les codes de la bit-lit, donc Agnès en pince pour Navarre et pour d'autres créatures surnaturelles. Cependant, elle est cynique et décalée, et pas badass du tout. Elle a son problème de boisson et de fantômes [en gros, elle boit pour ne pas voir de fantômes], elle sait déjà que le surnaturel existe et elle essaie de s'en éloigner.
Elle pense que le personnage d'Agnès s'est nourri d'Anita Blake (même s'il y a beaucoup moins de Q !). Comme Agnès est le contrepied de l'héroïne badass, elle prend le contrepied de Buffy.

CL : Rose aussi cherche à échapper à un destin dont elle ne veut pas (se marier, avoir des enfants... on est au XVIe siècle). En cherchant à le faire, elle tombe dans un autre monde, où il faut garder le secret, et elle apprend à se battre. Le roman essaie de rester dans la réalité historique et les vampires ne sont pas censés exister, même en tant que concept, bien qu'il existe des mythes voisins (cannibales...). Arthus a pu apprendre des arts martiaux au cours de sa longue existence, mais c'est un autre concepts qui n'existe pas dans la France du XVIe siècle.

JAD : "Si mon avenir était d'être pom-pom girl, je ferais tout pour être sorcière ou quelque chose !"

LS : Son héroïne est feignante, et ce qui la motive à étudier la magie, c'est de devoir se défendre contre d'autres mages.

JAD : Le boulot d'Agnès [chez un notaire spécialisé en créatures surnaturelles] lui offre une vision sur le monde, puisque sinon elle resterait cloitrée chez elle à cause de ses dons. Elle sait qu'elle ne peut pas échapper à ses pouvoirs et cherche plutôt à savoir ce qu'elle est (puisqu'elle découvre qu'elle n'est pas une sorcière, comme elle le croyait). Elle se bat aussi, mais à sa manière ! (elle tue quelqu'un avec ses talons hauts - et se fera plus tard offrir des talons (renforcés) en argent 😁).

On pose la question de l'humour, comme point commun.

JAD : Pour elle, l'humour est la seule manière d'aborder la fantasy et le fantastique. Elle-même est écrivaine de SF, à la base, donc elle garde toujours une logique dans sa magie etc... Elle a aussi un message politique et social derrière, donc l'humour l'aide à faire passer ça - et elle ne conçoit pas de s'en passer.

CL : Son héroïne a la langue bien pendue et se livre à beaucoup de joutes verbales. Ses protagonistes sont des aristocrates, des gens éduqués.

LS étant la seule à vraiment connaître Buffy*** est-ce que celle-ci à influencé son imaginaire ?

Oui. Elle aime beaucoup les différents monstres, ainsi que l'humour. Et ça l'a poussée à créer des héroïnes fortes, pas passives, même quand elles n'ont pas de pouvoirs. Et même quand elles ont le soutien d'un homme, celui-ci ne leur vole pas la vedette.

A propos du concept de la femme forte...

CL : C'est la femme (forte) qui donne le la. Même si elle doit composer, elle arrive à ses fins.

JAD : Agnès sait ce qu'elle ne veut pas, mais n'est pas une vraie femme forte. Elle est plutôt "normale", doute, a ses difficultés... Mais elle veut être libre, comme Buffy ou les héroïnes de bit-lit.

LS : Ellie s'affirme vite comme chef de la bande et veut protéger les gens qu'elle aime, comme Buffy. C'est ça qui la motive et la rend compétente et badass. Elle prend le contrôle de sa vie et finit par embrasser son destin dès quatorze ans, c'est un exemple pour les jeunes filles.

JAD : On avait demandé à Joss Whedon pourquoi il créait des héroïnes fortes. Au début, il répondait n'importe quoi, mais au bout d'un moment, il a dit "parce que tout le monde me pose cette question". [Elle a conseillé de lire un de ses interviews online, mais elle n'a pas précisé lequel 😕]

Buffy est un mélange des genres entre le Fantastique et la série pour ados...*****

LS : Son épisode préféré est Silence de mort, où des démons (très effrayants) condamnent les gens au silence pour les empêcher de crier (on peut faire un parallèle avec les agressions irl, où les victimes n'osent pas porter plainte/se faire entendre) et les personnages ne parlent pas pendant 75% de l'épisode.

JAD : L'héritière n'est pas de la bit-lit ni de l'Urban Fantasy, car ça se passe dans le futur ! [assez proche tout de même, il me semble, genre dans quinze-vingt ans]. Elle aime beaucoup le mélange des genres et joue ici avec les codes de la bit-lit. Mais ça se rapproche de l'UF à cause de la richesse de l'univers.

CL : Elle se réclame de la littérature gothique et le contexte historique est très important.

Dernière question : Spike ou Angel ?

LS & JAD : SPIKE !

LS : Spike est horrible mais il lui arrive plein de crasses et il a une évolution très intéressante.

JAD : "On a une programmation sociale sur le bad boy, c'est terrible."





* : les Grenouilles sont partout ! 😈

** : terme © moi 😈

*** : ce qui n'a pas empêché la conférence d'être intéressante****

**** : mais avec JAD et LS dedans, il ne pouvait en être autrement 😁

***** : j'ai dû louper une partie de la question, parce que les réponses ne correspondent pas vraiment 😳

mardi 6 juin 2017

Imaginales 2017 : ... Des mondes post-apocalyptiques

Quand les auteurs bâtissent
des mondes post-apocalyptiques


Comme d'habitude, je mets les avertissements de rigueur : je retranscris ici les notes que j'ai prises pendant la conf ; il est donc tout à fait possible que j'aie fait des contresens et tout à fait certain qu'il manquera des bouts 😆 (sans parler du côté décousu et de ma difficulté à me relire 😣). Les éventuelles notes entre [ ] sont de moi, et les passages entre guillemets sont censés être des citations.

J'ai évidemment suivi cette conférence afin d'y trouver de l'inspiration pour le Journal d'Anya 😉


Intervenants : Christopher Priest (avec Lionel Davoust himself* comme traducteur, à sa droite), Charlotte Bousquet (Le dernier ours), Jean-Marc Ligny (Exodes, Aqua™), Pierre Bordage (Les derniers hommes).
Modérateur : Jean-François Thomas (au centre sur la photo)


Pourquoi écrivez-vous des romans post-apo ?

PB : C'est intéressant d'explorer la "fin des temps", de faire table rase du monde, pour voir si on repart bien ou si on refait les mêmes erreurs. Et pour lui, c'est ce dernier cas, c'est l'éternel humain.

JML : Il écrit beaucoup de post-apo. Dans Aqua™, il a poussé la logique jusqu'au bout et les conséquences dues aux changements climatiques - parce que les humains surexploitent la planète. Il a essayé de faire une apocalypse réaliste et s'est beaucoup documenté. Il pense que c'est ce vers quoi on se dirige - mais sans le souhaiter !

CP : Il y a une soixantaine d'années, beaucoup d'écrivains britanniques parlaient de la fin du monde, en faisant un parallèle avec la fin de l'Empire Britannique. Aujourd'hui il y a le Brexit, la Grande-Bretagne est devenue un endroit désagréable, raciste. Il a déménagé en Ecosse, où les gens sont plus sympas, moins racistes, plus ouverts sur les arts...
Il y a sinon la question des changements climatiques, la montée des eaux... le fait que les gens fuient des contrées inhospitalières est une apocalypse en soi. L'Europe étant climatiquement favorisée, elle va devoir faire face à des réfugiés climatiques. Le post-apo reflète l'inconscient collectif.

CB : Aujourd'hui, on est dans la sixième extinction des espèces, à cause de l'industrialisation humaine, avec la montée des eaux due au réchauffement climatique. Le dernier ours devait porter sur l'extinction des espèces mais parle aussi de la situation des Inuits (qui subissent un peu la même chose que les amérindiens face aux colons américains). Il y a le problème des politiciens qui ne voient qu'à court terme, de la montée du racisme, de la recherche du profit immédiat...

Quel est le rôle, la responsabilité de l'écrivain d'Imaginaire vis-à-vis de notre société ?

CP : Comme le disait Shelley, le rôle du poète est de dramatiser et de mettre en scène. De même, le rôle de l'écrivain est de mettre en scène ce qui se passe aujourd'hui. On essaie de présenter le futur, mais ce n'est que de l'imagination. Il donne l'exemple d'une vision de l'an 2000 imaginée en 1905, avec un chapeau qui salue automatiquement les dames : c'est inadapté à la réalité de l'an 2000. Notre prospective n'est qu'une métaphore fictive de l'époque dans laquelle on vit.

JML : Aucun auteur n'est un voyageur venu du futur. Pour lui, la SF est la littérature la plus aboutie pour aborder le futur. Le propre de l'histoire de SF est d'imaginer comment un autre monde peut fonctionner (dans le futur, chez les aliens...) et ça implique de comprendre comment notre société fonctionne. La SF permet de décoder notre société, de pousser plus loin les réflexions, même si on ne fait qu'imaginer.
Au XXIe siècle, on se retrouve confrontés, pour la première fois, à un futur inévitable - ce qui n'était pas le cas avant. Depuis la fin du XXe siècle, la transformation inévitable de la planète nous attend, à cause du réchauffement climatique. Pour lui, c'est un devoir de comprendre comment on en est arrivés là, et d'en parler.

PB : Les voies anciennes conduisent aux mêmes résultats (guerres...). Ces mécanismes reproduisent les mêmes conséquences. Il se doit donc d'explorer (par la SF) les alternatives, les nouvelles voies, un autre rapport à l'univers, pour se libérer de ces mécanismes.

Du coup, les auteurs de SF-Post-apo sont des lanceurs d'alertes ?

CB : Oui, mais aussi des porteurs d'espoir, qui font réfléchir les gens et proposent des solutions différentes.

JML : On ne se contente pas de dresser un constat, on essaie de montrer que des solutions sont possibles. Il a fait "une espèce de suite" à Exodes, pour montrer comment l'humanité s'adapte à sa nouvelle Terre et se rend compte qu'elle n'est plus l'espèce dominante. Il rejoint l'opinion de CB.

CP : Les écrivains de SF devraient être des prophètes (au sens de "professeur" [selon la racine latine du terme], et non de prédicateur ou prospectivistes). Beaucoup de ces auteurs étaient aussi des satiristes. En poussant la prospective et l'extrapolation, on peut atteindre la satire, qui est un outil en soi.

CB : Elle soulève des questions mais ne propose pas forcément de solution. Les personnages ont une prise de conscience et évoluent, mais elle pense qu'elle n'est pas là pour proposer des solutions.

PB : Il ne donne pas non plus de solutions, il essaie juste de décaler le point de vue du lecteur dans la bonne direction, et lui laisser de l'espoir. Le but d'un héros est de proposer une ré-harmonisation du monde, mais le prêt-à-penser est confortable.




* : dit "le couteau suisse du festival" - je ne me rappelle plus par qui.