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vendredi 22 juillet 2016

Darkside : Le Journal d'Anya : Avancement (18)

Les vacances approchent et j'ai du mal à faire mes articles. Pas parce que j'aurais envie d'arrêter de blogger, mais parce que, ben... c'est bientôt les vacances, quoi. Et vacances égale pas de contraintes ^^ En sus, puisque j'avance lentement* ben j'ai pas grand-chose à dire depuis la dernière fois (et la flemme de faire un article à thème, comme ça m'arrive de temps en temps).

Enfin bref. J'en suis à un peu plus de 6000 mots pour mon NaNo, ce qui n'est pas énorme. Ca ne m’empêche pas de continuer. D'ailleurs, un extrait pour la route, avec de gros morceaux de cabotinage dedans : 
[Dialogue entre Anya et le Tyran ; le Doigt est un pic rocheux dans lequel vivent les Servants de la Déesse, à Graceland]


— Petit m’a raconté comment vous êtes montée, seule, à l’assaut du Doigt. Je me demande ce qui vous a motivée à vous lancer dans une telle entreprise.
Cette fois, c’est moi qui l’ai dévisagé. Où voulait-il en venir ? J’ai haussé les épaules, tâchant de masquer ma nervosité grandissante.
— Je voulais des réponses, on m’a dit que Soleil pourrait les avoir et qu’il se déplaçait peu.
— Mais encore ?
J’ai hésité. Fallait-il prendre le risque de montrer mon incompréhension en répondant à côté, ou valait-il mieux jouer la franchise et lui demander des éclaircissements ? Le « ne vous montrez pas stupide » d’Alex, lors de notre premier rendez-vous, résonnait désagréablement dans mon esprit.
— Pardonnez-moi, mais je ne comprends pas votre question, ai-je avoué à contrecœur. Parlez-vous de mes recherches au sujet de Brute, du détail de mon ascension, ou d’autre chose ?
Je n’ai pas réussi à déchiffrer son expression, cette fois, quoique je n’y aie pas vu de déception.
— Vous venez de loin – au-delà d’Oklahoma City, à ce que j’ai compris. Partout dans le monde, à part à Graceland et ici, on craint les zombies comme la calamité qu’ils sont. Mais vous, vous n’avez pas hésité à vous jeter dans la gueule du loup. Je me demandais ce qui vous avait conduit à cette décision. Et sinon, j’aimerais bien savoir comment votre quête de Brute vous a menée de chez vous à Graceland.
Cette explication m’a un peu rassurée et j’ai pu retrouver une voix plus ferme :
— J’ai combattu des zombies sauvages à plusieurs reprises. Y compris pendant mon voyage jusqu’ici, hélas. Mais ma mère m’a toujours raconté à quel point Brute était spécial. Différent. Quand je suis arrivée à Graceland, les habitants m’ont convaincue que les Servants étaient… n’étaient pas dangereux. J’ai quand même attendu que la plupart parte à la chasse pour leur rendre visite. Et oui, je n’étais pas rassurée quand j’ai commencé à grimper.
Nos pas nous avaient menés dans une salle plus petite que les précédentes – quoiqu’aussi haute de plafond – et apparemment vide. Darkside s’est de nouveau assis sur un coin de table – le bois a grincé sous son poids – et a paru attendre que j’en dise davantage. Ce n’est qu’en entendant la réverbération de ma voix que j’ai réalisé que j’avais haussé le ton. Continuant sur ma lancée, je lui ai résumé mon périple en quelques phrases assez sèches, sans m’étendre sur mes motivations.
— Il vous faut autre chose ? ai-je conclu, d’un ton plus agressif que je ne l’aurais voulu.
Pour tout dire, je le trouvais un peu trop curieux. En quoi tout ceci le concernait-il ? Je me rappelais des conseils d’Alex, comme quoi ma fréquentation était bonne pour lui, sauf qu’en ce moment, je ne la trouvais pas très agréable pour moi.
J’ai levé les yeux vers lui – dans sa position, au moins, je n’avais pas à me tordre le cou – et j’ai attendu sa réaction, plutôt mal à l’aise.
— Quand vous avez peur, vous vous mettez en colère, a-t-il commenté d’un ton neutre que démentait l’éclat amusé de son regard. C’est un bon mécanisme de défense. Rares ici sont les gens qui l’emploient face à moi : je les terrifie, ils ont la hantise de se retrouver sur ma liste noire.
— Sans doute n’ai-je pas conscience du danger, me suis-je enhardie à rétorquer.
— C’est probable. Sans vouloir vous insulter, c’est distrayant.
J’ai soupiré, abandonnant au passage une partie de mon agacement :
— Vous l’avez fait exprès ?
— De vous énerver ? Non, c’est un don naturel. De faire peur aussi, remarquez. Comme vous l’avez souligné, vous n’avez pas conscience du danger. Je vais faire mon possible pour prolonger cet état de fait, j’aimerais en profiter encore un peu.


A part ça, ma nouvelle-en-attente-de-publication devrait paraître en septembre, finalement. Rien de grave sur ce retard, si ce n'est que c'est un retard ^^ Plus de nouvelles (!) à la rentrée, donc :)




* : mais j'avance, et c'est déjà bien !

vendredi 15 juillet 2016

Darkside : Le Journal d'Anya : Avancement (17)

Ca faisait un moment ^^

Bon, les vacances commencent à se faire sentir (plus qu'une quinzaine !) et comme j'ai toujours du mal à écrire pendant les vacances...

Cf ce que je disais y'a deux semaines, je me suis inscrite "en touriste" au NaNo de juillet. Ca n'avance pas super-super bien de mon côté (seulement 3300 mots à ce jour), mais au moins, j'ai de l'animation dans ma cabine et ça, c'est sympa :)

A la rentrée (voire avant, on sait jamais), je vais essayer de me fixer des plages horaires d'écriture... et de m'y tenir. C'est une méthode que beaucoup d'écrivains confirmés recommandent, je suppose donc qu'elle doit valoir quelque chose ^^ Par contre, j'aime pas les contraintes, donc ça risque d'être un peu difficile pour moi. Mais bon, faut au moins que j'essaie...

Depuis la dernière fois, Anya a survécu à un déjeuner de nouvel an huppé, décidé qu'elle allait suivre des études à New-York et vient de survivre à son premier cours de secourisme. Maintenant, il est temps que je commence à introduire mon plan machiavélique ^^

Par contre, je me rends compte qu'elle n'a pas vraiment de défauts. Sans doute parce que sa nature de dryade renforce son côté altruiste - et parce qu'en narration à la première personne, c'est pas le plus évident à mettre en scène. Mes bêta-lecteurs me disent que ce n'est pas un problème, mais dans l'absolu, ça me gêne. Enfin, j'imagine que je me rattrape avec Joshua... ^^

mercredi 6 juillet 2016

Cocyclics : Dix ans déjà !

Je traînais un peu les pieds pour faire mon article hebdomadaire, vu que j'ai à peine repris le Journal d'Anya, cette semaine, donc j'ai assez peu de choses à raconter dessus. 

En revanche, Cocyclics vient de fêter ses dix ans ce week-end et je pense que ça mérite un article. 

La communauté a donc été fondée début juillet 2006 par un collectif d'auteurs menés par Lise Syven. Leur but ? La domination du monde la création d'un espace virtuel (un forum, en l'occurrence) où les auteurs de SFFF débutants pourraient échanger au sujet de leurs écrits, dans une ambiance bienveillante. 
Parce qu'un tel "endroit" n'existait pas encore, et ça manquait.

Et dix ans plus tard, ils sont toujours là. Les équipes ont évolué, les "missions" aussi, mais les Grenouilles restent fidèles au poste.

Et en pratique, c'est quoi ?


Un espace de discussion. Une bonne partie des sections sont dédiées à ça, aussi bien pour causer des bouquins qu'on a lus que pour poser des questions sur tel ou tel sujet en rapport avec nos textes en cours. Les thèmes abordés peuvent aller de "comment rédiger la lettre d'accompagnement d'un manuscrit ?" à "quelle force faut-il pour démembre un corps à main nue ?", en passant par "la romance est-elle importante dans vos histoires ?" ou "faut-il ou non mettre des accents aux majuscules ?". Bref, toutes les questions qu'on ne peut pas forcément poser dans notre entourage ^^

Un espace de travail. Les règles du forum permettent aux auteurs membres de poster des textes (nouvelles entières, extraits de romans, pitchs et synopsis) afin que d'autres membres les "bêta-lisent"* et donnent un avis détaillé sur ce qu'ils ont aimé et ce qu'ils suggèrent de corriger. La seul contrainte : pour un texte/une version de texte postée, l'auteur doit "rendre" une bêta-lecture à un autre membre.**
Un membre qui accumule assez d'expérience sur le forum peut demander à devenir bêta-lecteur "officiel" et si sa demande est acceptée, il pourra alors proposer à ses collègues des manuscrits entiers - et bêta-lire les leurs.

Un espace de soutien. La section des Challenges permet aux membres de présenter leur projet de roman en cours et d'en poster de courts extraits... ainsi que leurs doutes, questions, état d'avancement... Le but ici étant d'encourager les Challengers à terminer leur projet, si possible avant la fin de l'année (et sinon, bah on poursuit l'année d'après ;)).

Des outils pour l'écrivain. L'association édite le Grimoire Galactique des Grenouilles, une sorte d'annuaire des maisons d'édition qui publient des textes relevant des littératures de l'Imaginaire. Très utile pour savoir quoi envoyer à qui... et éviter de se faire avoir par des éditeurs à compte d'auteur ! En-dehors de ça, des rencontres avec des écrivains et/ou des acteurs du monde de l'édition sont organisées une ou deux fois par an, et son compte G+*** diffuse tous les jours des liens vers des articles intéressants et utiles aux auteurs.




Cocy et moi, ça a commencé il y a un peu plus de trois ans, quand j'en étais à un quart de CQVDSV et que je cherchais désespérément des infos sur les blessures abdominales ^^ Quand j'ai posté mes premiers extraits, un peu plus tard, je me suis mangé une grosse claque, mais ça m'a permis de prendre conscience de mes défauts de style et de bien progresser dans mon écriture.

Grâce aux Grenouilles, j'ai pu écrire plusieurs nouvelles (même si je n'en ai pas publié beaucoup :( ) et surtout mettre un point final à un roman, puis le corriger et le soumettre à des éditeurs (j'attends encore des réponses ;)). Et aussi (je devrais peut-être dire "surtout" ;)), j'ai rencontré des personnes formidables (qui se reconnaîtront, parce que j'ai la hantise d'en oublier si jamais je tentais de faire une liste).

En conclusion, si vous écrivez de la SFFF****, je vous conseille vivement de venir y faire un tour. Pour ma part, mon plus gros regret en ce qui les concerne, c'est de ne pas m'y être inscrite plus tôt !




 * : on peut rapprocher le terme de "bêta-tester" ;)

** : il y a quelques autres subtilités, mais les détails précis sont explicités sur le forum.

*** : la même chose est sans doute faite aussi sur fesse-bouc, mais je ne suis pas allée vérifier.

**** : si vous n'en écrivez pas, vous ne pourrez pas y travailler vos textes, mais je pense qu'en tant que ressource, ça peut être utile tout de même.

jeudi 23 juin 2016

Vacances ! (2)

Et donc, cette semaine (et la suivante)...

Au programme : dormir, écrire si la muse me taquine, jouer à Fallout 4 et à Guild Wars 2, bouquiner.

Le NaNo de juillet commence dans une dizaine (je me suis inscrite en touriste, comme d'hab), j'espère être alors en forme pour bien avancer dans le Journal d'Anya.

Et sur ce, je vous laisse, j'ai des radscorpions à tuer ^^


jeudi 16 juin 2016

Des héroïnes en SFFF

A prendre au sens "au sujet de..."*

Je n'ai pas encore pris le temps d'écouter le podcast de la conférence "Quand les romans font des femmes leurs persos principaux" des Imaginales, mais j'avais envie d'évoquer le sujet (notamment parce que c'était le thème de discussion du mois dans les Challenges de Cocyclics). Avant que j'oublie, je signale ici un article intéressant sur le sujet par ma collègue Grenouille Edel-Weiss.




Ca ne se voit peut-être pas tant que ça**, mais je suis une femme. Donc je suis féministe. Le contraire n'est pas envisageable. 

Je sais que l'étiquette a mauvaise presse, sans doute à cause d'extrémistes bruyantes, comme c'est le cas au sein de n'importe quelle communauté. Même si l'idée de renvoyer nos bonshommes à la cuisine est marrante cinq minutes***, on ne peut vraisemblablement pas avancer dans la lutte contre le patriarcat en inversant les rôles. Ce qu'on appelle féminisme, ce n'est rien d'autre que la recherche d'une vraie égalité entre hommes et femmes (et autres genres, pour ceux qui ne se reconnaissent pas dans cette binarité). Au passage, si le sujet vous intéresse, je vous conseille de jeter un oeil par là.

Pour en revenir au sujet, comme l'évoquait la dernière des conférences auxquelles j'ai assisté aux Imaginales, certains domaines de la SFFF - la Fantasy en particulier - se laissent aller à un certain sexisme. La justification étant généralement "fantasy = médiéval = la femme est inférieure (parce que c'était le cas irl)". Je reconnais (sans doute parce que je suis un produit de mon éducation et de mes lectures) qu'un tel cadre donne un côté "réaliste" à une histoire, surtout si on veut insister sur le fait que l'univers en question est brutal et barbare.

Ca ne veut pas dire qu'on ne peut pas y créer des héroïnes fortes. 

Par "héroïnes fortes", je ne veux pas dire forcément des grosses bourrines, même si ça peut être fun aussi ; la preuve avec Araann et Makri, qui représentent bien ce que j'aime jouer en jeu de rôle : des combattantes physiquement fortes, avec un caractère bien trempé****. D'ailleurs, les demoiselles en question existent au sein d'univers où l'égalité des sexes est majoritairement reconnue (ou du moins, où une femme guerrière ne choque personne).

En fait, je pense que "forte" signifie simplement "qui ne se laisse pas marcher sur les pieds", et en particulier "qui ne se laisse pas ranger dans les cases que la société a créées pour elle" (et "badass", "qui est sûr de soi (et le laisse savoir)"). Ca peut donc donner des grandes gueules comme Araann ou Makri, mais aussi des filles plus subtiles comme Anya ou Carmilla. Mais là, comme ça, je réalise que je n'ai quasiment pas de personnage féminin "faible".

La plupart des femmes du Darksideverse ne s'en laissent pas conter (faut au moins ça pour ne pas se laisser "écraser" par Josh ^^) et même celles qui ont choisi une "carrière féminine"*****, comme Angèle, l'épouse de Franklin (mère au foyer), l'ont fait par choix et pas pour se conformer à un moule. En contre-exemple, je peux citer Aurore, fille de la précédente et traumatisée à vie par les actions de son jumeau, et la mère de Slayer, qui vit dans la terreur de son mari. Mais c'est tout. Quant à la civilisation post-apo du Journal d'Anya, comme je l'ai dit ailleurs, elle n'est pas retournée à l'âge de pierre quand l'Exode a eu lieu ; non seulement hommes et femmes sont restés égaux (puisque c'était enfin le cas à l'époque), mais le viol est un crime aussi mal vu que le meurtre (et bien plus rare de la part d'autre chose qu'un zombie, personne ne voulant être rabattu à ce niveau). Du coup, je me suis amusée à attribuer des "rôles masculins"***** aux femmes, et réciproquement (pas à tous les coups, bien sûr, mais assez pour faire sentir cette égalité******).

Dans Ceux qui vivent du sang versé, le problème est différent : j'ai voulu un univers qui soit proche du nôtre, donc j'ai laissé quelques clichés du genre : le monde de l'espionnage et de l'assassinat est celui des hommes, même si quelques femmes (comme Athéna et Artémis) y ont fait leur place (mais elles sont certainement moins payées que leurs homologues masculins ^^). On m'a d'ailleurs reproché une fois un certain machisme de la part de Paul, au début de l'histoire. Ce n'est pas étonnant, il ne fréquente que deux types de femmes : les collègues (dont il se méfie autant que si elles étaient mâles) et les "décoratives" (qui ne sont là que pour faire joli au bras de ses cibles). En fait, il n'évalue pas les gens en fonction de leur sexe, mais en fonction de leur fonction. Quelque part, sa relation avec Carmilla aurait été inchangée si celle-ci avait été un homme.

Une question que je me pose, c'est "qu'est-ce qui motiverait une autrice à diminuer la place des femmes dans ses textes ?". Par "diminuer" j'entends aussi bien "avoir peu de personnages femelles" que "ne laisser que des rôles subalternes aux femmes" (au sein de l'histoire plus qu'au sein de la société). Je peux admettre l'excuse "j'ai eu envie de créer un univers plein de testostérone, où les femmes n'ont pas leur place" si les problématiques soulevées (au hasard, l'homosexualité, mais ce n'est pas la seule) mettent en cause la virilité telle qu'on la conçoit aujourd'hui. Par contre, si on me répond juste "je visualisais mes personnages comme des hommes", je suis plus partagée. Ca m'arrive de "voir" tel ou tel personnage, au moment de sa création, comme un homme ou une femme (après tout, Joshua n'est pas une fille ;)). Néanmoins, si je me rends compte qu'il y gagnerait en profondeur en étant de l'autre sexe, je change souvent (cf deux paragraphes plus haut). Ce n'est pas que je cherche à faire du militantisme, c'est que je trouve qu'il y a déjà beaucoup d'histoires mettant en avant des hommes dans un monde d'hommes ; ça ne veut pas dire qu'elles soient mauvaises ou qu'elles manquent d'originalité ; mais pour moi, ça serait un manque d'originalité de me couler dans ce moule, surtout que ledit moule est un héritage de l'époque où les textes en question étaient écrits par des hommes pour des hommes. J'aurais l'impression de me renier.

Mais n'hésitez pas à me fournir des contre-arguments si vous en avez :)

PS : pas eu encore vraiment le temps d'avancer sur le JdA, cette semaine, je tâcherai de faire mieux - et d'en donner des nouvelles - la semaine prochaine :)




* : ouais, je me la pète avec mes tournures latinisantes.

** : surtout par écrit ^^ ; irl, ça m'arrive beaucoup moins qu'il y a vingt ans, mais on me prend parfois encore pour un homme.

*** : surtout si le bonhomme en question cuisine bien <3

**** : bizarrement, quand je pars sur un personnage moins "physique", je crée souvent un homme (mais pas toujours - et c'est pas le sujet). 

***** : si vous me pardonnez l'expression.

****** : du moins, je l'espère !

jeudi 9 juin 2016

Imaginales 2016 : "La Fantasy est-elle toujours réac ?"

Affrontements sanglants, héros brutaux, femmes soumises... : 

la Fantasy est-elle toujours réac ?


Dernière conférence à laquelle j'ai assisté. J'ai bien aimé l'ambiance "tribunal", bien que j'aie regretté que certains (Cerrutti, en particulier) ne se soient pas assez bien défendus, ce qui sous-entendrait qu'ils sont bien coupable de ce dont on les accuse...

(Pas d'image, il semblerait que cette conf-ci n'ait pas été enregistrée par ActuSF).

Accusés : G.D. Arthur (Eos), Fabien Cerutti (Le bâtard de Kosigan), Jean-Philippe Jaworski (Gagner la guerre, Janua Vera, Rois du monde), Gabriel Katz (La maîtresse de guerre, Le puits des mémoires).
Juge et bourreau : Stéphanie Nicot, qui a introduit la plaidoirie de chacun des auteurs par des extraits de leurs oeuvres.

Une dernière fois, sujet à erreurs, blabla, propos pas verbatim, mes commentaires sont entre [].

GK : Le monde de La maîtresse de guerre [qui se déroule dans le même univers que Le puits des mémoires, que j'ai bien aimé] ressemble beaucoup au nôtre. J'ai voulu me mettre dans la peau d'une femme après trois tomes de testostérone [c'est vrai que les femmes sont sous-représentées dans Le puits :(] et faire face à mes propres contradictions. Kaelyn est fille de maître d'armes et se fait prendre de haut, se fait rabaisser en tant que femme. L'illustration [de l'édition Scrinéo] est jolie en soi, mais elle est stéréotypée et la montre les fesses à l'air [pas exactement, mais oui, la pose est plus sexy que martiale :/], je ne me retrouve pas dedans.

FC : Dans Le bâtard de Kosigan [j'en avais entendu parler l'an dernier, lors de la conférence "Mercenaires et tueurs", et ça m'avait fait envie. Néanmoins, cf plus loin, l'auteur s'est un peu emmêlé dans sa défense, du coup, ça m'a un peu refroidie], le sexisme est plus le fait du personnage que celui de l'auteur. D'ordinaire, on me reproche plutôt un manque de personnages féminins. Mon monde est le vrai moyen-âge, qui est un monde ultra violent et ultra sexiste. Il y a plusieurs personnages féminins, mais beaucoup en pincent pour le héros, qui est un "James Bond médiéval".
J'ai fait attention, dans le tome 2, à mettre moins de sexisme. De plus, si le personnage du bâtard est sexiste, c'est parce que ça s'inscrit dans son époque, ça ne serait pas vraisemblable sinon. D'ailleurs, son personnage masculin se fait violer par une femme.

GK : Mon héroïne n'est pas soumise et est brutale. Elle se bat "comme un homme", et pas avec des "armes de femme".

JPJ : Ne confondez jamais l'auteur (qui est scandalisé par les propos de son personnage !) et le narrateur !* La scène où Benvenuto [personnage principal de Gagner la guerre - on ne peut pas parler de héros ^^] viole Clarissima est un moment de cynisme total**.
SN : Quel est l'objectif narratif d'une telle scène ?
JPJ : Je n'avais pas prévu une telle scène, mais ça a dérapé. Je voulais mettre mal à l'aise mon public en adoptant le point de vue d'un type abominable et jouer avec la sympathie du personnage. Benvenuto a un peu la trouille, mais pas d'états d'âme : c'est une question politique (à l'origine, Clarissima veut contrecarrer les plans de son père en couchant avec Benvenuto).
SN : Les lecteurs ne font pas toujours la différence entre le narrateur et l'auteur, il faut faire le tri entre les scènes gratuites et celles qui sont nécessaires.

GDA : Eos se vit comme un poète et se découvre être un monstre. Il cherche à se "réincarner" dans les bras de son amante. La puissance de l'affection ramène la personne en perdition à la surface.

GK : Il y a beaucoup de violence dans Le puits des mémoires, une spirale qui entraîne les personnages. Ceux-ci se sont construits à partir de rien, en improvisant [ils commencent l'histoire amnésiques]. Certains étaient très violents avant et sont confrontés à cet élément qui fait partie d'eux.

SN : Est-ce que mettre en scène la violence est une malédiction de la Fantasy ? 

GK : La violence est le fond de la Fantasy, le lecteur aime ces bains de sang. Les personnages sont déchirés entre leurs aspirations de paix et un monde violent.
JPJ : Sans lecteur pervers, pas d'auteur coupable !***

SN : Le monde de Gagner la guerre est très violent, avec un narrateur sans empathie. Est-ce que la Fantasy est violente parce que notre monde est violent ?

JPJ : La Fantasy est violente parce qu'elle puise une partie de ses modèles dans les romans de chevalerie et les épopées. Mais on peut créer une Fantasy moins violente, plus paisible. Cependant, ce n'est pas moi qui ai choisi Benvenuto comme personnage de Gagner la guerre : j'ai choisi entre les deux personnages les plus populaires de Janua Vera [recueil de nouvelles qui se passe dans le même univers et que je recommande chaudement] : Suzelle et Benvenuto [Et vu que Le conte de Suzelle raconte toute la vie du personnage, elle ne pouvait donc pas "resservir" ici].
La Fantasy est cathartique, elle permet d'évacuer les vilenies qui hantent auteurs et lecteurs.

FC : [Après l'évocation d'une scène où un gamin se fait éventrer par un démon déguisé en bébé] le monde médiéval est violent, mais à l'inverse du nôtre. Notre monde est quand même plus policé (sauf si GK est de sortie***). Au XVIe siècle, à Dijon, 50% des filles se sont fait violer dans leur jeunesse. Aujourd'hui, le risque existe et est médiatisé, mais en réalité c'est rare, et heureusement [je ne vais pas épiloguer là-dessus, j'ai compris ce qu'il voulait dire, mais même si la situation des femmes est meilleure aujourd'hui qu'au moyen-âge, ça ne veut pas dire que c'est le paradis. Je pense qu'il ferait bien de s'intéresser au harcèlement de rue, par exemple...].
La violence dans les films etc. est de plus en plus trash, parce que ça n'existe plus à notre époque [no comment...], mais notre instinct animal atavique la recherche.

GDA : En abattant deux cavaliers, Eos découvre son propre côté prédateur. Mais c'est juste une métaphore d'un conseil municipal [it makes more sense in context, comme on dit]. J'ai choisi la Fantasy parce que ça éclaire les situations avec du lyrisme et de la poésie, ça donne du relief aux situations qu'on veut mettre sous le projecteur.

SN : Les personnages de Rois du monde ont un rapport à la violence très différent de ceux de Gagner la guerre...

JPJ : Dans Gagner la guerre, les personnages ont conscience que ce qu'ils font est immoral [ce qui ne veut pas dire que ça les préoccupe :p]. Dans Rois du monde, la violence est normale au sein de l'aristocratie, la violence est héroïque. Cf Moses Finley, le héros grec se caractérise par sa force, et la société s'articule autour de ça. Dans Rois du monde, la violence est légitimée : ce sont des aristocrates, donc ils guerroient. Le problème, c'est quand ils se retournent les uns contre les autres et détruisent leur communauté.

Verdict : 


Tous les accusés ont été reconnus coupables de héros brutaux et affrontement sanglants, mais comme les lecteurs aiment... ^^

En ce qui concerne les femmes et le sexisme : 
GDA a été acquitté.
GK a été acquitté au bénéfice du doute.****
JPJ a été acquitté au bénéfice du doute |[mais c'était inévitable, vu la qualité de son argumentaire ;)*****].
FC a été reconnu coupable.





* : phrase que je certifie authentique, "!" compris ^^

** : les circonstances sont assez particulières, ce qui fait que je ne peux pas m'empêcher de rigoler en y repensant. Attendez de l'avoir lue pour me balancer des cailloux.

*** : j'ai un doute que ce soit bien lui qui l'ai dit, mais ça a été dit ^^ 

**** : j'avoue que j'ai un trou sur le verdict exact, j'étais pressée, j'avais un train à prendre ;) 

***** : fangirl spotted ^^

mercredi 8 juin 2016

Imaginales 2016 : "Vampires et Loups-garous..."

Vampires et Loups-garous : quand le héros a les crocs


J'y suis allée "because I could"* et parce que y'avait Jeanne-A Debats, même si je craignais que ça soit un peu une redite de l'an dernier. Au final, j'ai passé un très bon moment, je ne regrette absolument pas, et j'ai même pris le tome 1 d'Alice Crane, de N.M. Zimmermann, tant j'ai trouvé sympa l'intervention de l'autrice. De même, ça m'a décidée à acquérir le tome 1 de Louis de Galoup, de Marcastel, depuis le temps que je le croise sans rien lui acheter...

De gauche à droite : JAD, HVG, VL, NMZ et JLM, dans le décor (toujours magnifique) du Magic Mirror.

Intervenants : Jeanne-A Debats (L'Héritière et Alouettes), H.V. Gavriel*** (série Les loups de Riverdance), N.M. Zimmermann*** (série Alice Crane) et Jean-Luc Marcastel (série Louis le Galoup).
Débat animé par Valérie Lawson.

Une fois de plus, disclaimer, blabla, cf CR précédents ^^ Et vous trouverez ici un extrait vidéo (merci ActuSF), en attendant qu'ils mettent en ligne le podcast de la conférence. J'ajoute qu'avec la structure de ma retranscription, je fais "parler" les auteurs, mais ce ne sont pas forcément leurs propos exacts.

La première question posée, cf l'intitulé de la conf, est le rapport du personnage à la faim :

JAD : Navarre aime avoir faim et a peur d'être rassasié.
JLM : Louis a faim de vivre mais que va-t-il faire de cette faim ? S'il goûte à la chair humaine, il vire à l'animalité.
NMZ : (Alice Crane est une médecin légiste qui a "perdu" un cadavre, lequel s'avère être un vampire). Le vampire n'a pas faim que de sang. Plusieurs questions se posent : du sang humain ou non ? des victimes volontaires ou non ? Par ailleurs, mes vampires ont une organisation, diplomatique, qui leur interdit de se nourrir d'humains.
HVG : Mes personnages n'ont faim qu'à l'heure des repas, ce n'est pas une motivation pour eux.
JAD : Le monstre est en chacun de nous, mais les vampires ont le pouvoir de faire pire. Sauf que les humains sont plus nombreux et mieux armés, et les vampires sont "coincés" à leur époque, ce qui les rend moins efficaces. Il y a une opposition entre le désir de vivre du vampire face à celui des humains (un peu comme dans un couple : quelles limites on donne à l'autre et à soi-même, jusqu'où on peut l'emmerder). 
JLM : Mes loups ne sont pas féroces mais cherchent l'amour, un foyer, des racines pour fonder quelque chose.
NMZ : Un vampire boit du sang, sinon, ce n'est pas un vampire [pas tout à fait d'accord, perso, j'étendrais ça à l'énergie vitale dans son ensemble]. Il y a sinon la problématique de la vie en communauté et les questions politiques.

VL : L'humain n'est-il pas le vrai monstre ?

JLM : C'est à la mode de dire que l'humain est mauvais, qu'il va détruire la planète. Nous sommes le prédateur ultime.
HVG : Mes personnages vivent cachés, se méfient des humains, ne sont pas des prédateurs [ça me choque un peu, pour des garous], restent entre créatures surnaturelles.
JAD : L'humain n'est pas fondamentalement méchant, mais il est fondamentalement en troupeau. Ceux du haut du pavé traitent leurs congénères comme une ressource et ont une vision à court terme. Ce n'est pas de la méchanceté mais de la bêtise [comme je partage cette opinion !]. Les vrais monstres sont ceux qui savent où ils vont et s'en foutent. Mais rares sont les gens assez lucides pour ça.

VL : Les personnages en questions  peuvent-ils être bienveillants ?

JLM : Oui, un galoup a le choix entre sa part humaine (son poil deviendra blanc) et sa part animale (son poil deviendra noir), cette dernière s'il mange de la chair humaine.
JAD : Quel est l'avantage de choisir l'animal ?
JLM : L'autre devient alors un objet, ce qui donne un sentiment de supériorité.

VL : La faim est-elle un pouvoir ou une malédiction ?

HVG : Ni l'un ni l'autre, les personnages ont des choix à faire. Mes vampires ont besoin de sang mais cherchent des volontaires.

VL : Les vampires ne mangent que du sang tous les jours ?

JLM : Peuvent-ils manger du boudin ? [le sang de porc déshydraté, c'est pratique aussi, même si c'est pas bon****]
NMZ : Mon chien mange des croquettes tous les jours et il ne s'en plaint pas ! Mais à quel point est-ce un choix ? Est-ce une maladie, une déviance à corriger ? Les vampires sont-ils des créatures à part, avec des droits ?
JAD : Je n'ai pas envisagé que Navarre ne puisse pas boire et manger [de la nourriture normale], même si ça ne le nourrit pas.
HVG : Certains de mes personnages mangent de la salade etc. parce qu'ils aiment le goût.

VL : Est-ce que les pouvoirs valent la peine d'être un vampire ou un garou ?

JAD : La récompense, c'est la longévité [quoique ça ne soit pas l'avis de Géraud, mais ce n'est ni un vampire, ni un garou]. Sauf que ça a tendance à rendre gaga [le fameux "Angst" de certains vampires ^^]. C'est pour ça que Navarre regarde son nombril, fait la fête et se pose aussi peu de questions que possible.
HVG : Mes garous ne vivent pas beaucoup plus longtemps que les humains. Les vampires, oui, mais ils mentent beaucoup. Les espèces se connaissent assez peu entre elles, donc on ne sait pas tout. Pour mes personnages, ce n'est pas une récompense, c'est ce qu'ils sont. Et Lucas, qui n'est ni vampire ni garou, choisit de ne pas utiliser ses pouvoirs par peur de devenir un monstre sinon.

VL : La mortalité des vampires est-elle quelque chose de récent ? N'était-on pas moins confronté à ça dans des oeuvres plus anciennes ?

NMZ : Ils ont été plus humanisés, moins monstres, plus sexy. On peut comparer à Un vampire ordinaire, de Suzy McKee Charnas où le personnage-titre hiberne périodiquement et oublie ses vies passées. Ou à Le Premier, de Nadia Coste [lu et approuvé !].
JAD : Stoker, dans Dracula, décrit une métaphore de l'"invasion" de l'Angleterre par les étrangers, mais il ne se rend pas compte qu'il crée une icône sexuée (puisque l'étranger est un sauvage, il est très sexualisé, cf l'imagerie coloniale). 
JLM : C'était déjà le cas avec Carmilla [celle de Le Fanu, pas la mienne ;)], très sexuée et même lesbienne.
JAD : Le vampire transgresse tout, y compris les genres.
JLM : Il y a aussi Plus noir que vous ne pensez, de Jack Williamson, où on retrouve des idées de pureté de la race chez les garous.

VL : Est-ce que ces persos sont épris de liberté ?

JLM : Etre un animal est simple : ses problématiques sont bien plus simples que celles d'un humain, et c'est ce qui tente Louis.
NZM : Mon héroïne est sous pression car c'est un génie et tout le monde attend beaucoup de sa part. Elle a préféré devenir médecin légiste parce que c'est moins de pression, mais elle est capable de plus. La question devient "faut-il utiliser ses pouvoirs pour le bien ou choisir la "sécurité" de ne plus en avoir ?".
JAD : C'est comme la parabole des Talents [la version qu'elle a cité était différente de celle du wiki : le premier les fait fructifier, le second les dépense, le dernier les enterre ; seul le dernier se fait punir] : on a le droit de les développer ou de les dilapider mais pas de les ignorer ou de ne pas les utiliser.

VL : Est-ce difficile de gérer ses pouvoirs et sa nature ?

HVG : Lucas ne se rappelle pas bien de ce qu'il est ni de ce qu'il peut faire mais il reste libre, en marge de la meute. Léo, c'est "où s'arrête ma liberté individuelle ? où commencent mes devoirs envers la meute ?"

VL : Tous vos vampires sont-ils des alphas ? [sauf erreur de ma part, la question a bien été formulée ainsi]

JLM : Louis et Malemort [le méchant ^^] sont des alphas. Toute la problématique, c'est de découvrir toutes les facettes de son pouvoir et de gérer les responsabilités qui vont avec. Malemort a d'abord nié sa nature animale et cherché à être parfait ; quand il a craqué, il est devenu un fléau.
NMZ : Est-ce que Stephenie Meyer a tué le vampire ? Est-ce qu'on peut encore faire évoluer le concept de vampire ?
JAD : Vers 2011-2012, Georges Takei a incité les fans de Star Trek et les fans de Star Wars à s'unir contre les fans de Twoilettes***** "pour le bien de la galaxie".
HVG : Les auteurs de demain auront à réinventer les mythes et aller plus loin que Twoilettes.
JLM : Les vampires élèveront les humains de telle ou telle manière pour profiter du goût (ça marche réellement pour les épices, paraît-il).





* : comprendre : j'avais rien de mieux à faire.**

** : et puis j'ai pensé que je pouvais toujours enrichir ainsi ma culture lycantropesque, ce qui pourrait me servir pour la suite de CQVDSV ^^

*** : j'aime pas les auteurs qui n'ont  pas de prénom, ça oblige à les appeler par leur nom, c'est trop formel :(  

**** : j'ai pas eu l'occasion de goûter, mais c'est ce que pense Carmilla ^^

***** : oui, je l'écris toujours comme ça. J'ai tout lu et à qq détails près, c'est quand même pas terrible.