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vendredi 8 juin 2018

Imaginales 2018 : ... Vraisemblance historique

Fantasy épique... et vraisemblance historique



J'y suis allée un peu par hasard, notamment à cause de la présence de Jaworski (entre autres). Je n'ai pas regretté 😉

Sinon, vous connaissez la routine, blabla, avertissements de rigueur : je retranscris ici les notes que j'ai prises pendant la conf ; il est donc tout à fait possible que j'aie fait des contresens et tout à fait certain qu'il manquera des bouts 😁 (sans parler du côté décousu et de ma difficulté à me relire 😳). Les éventuels commentaires entre [ ] sont de moi, et les passages entre guillemets sont censés être des citations.

Intervenants : Fabien Cerutti (qui est professeur agrégé d'Histoire), Lionel Davoust, Estelle Faye et Jean-Philippe Jaworski (qui est professeur agrégé de Lettres Modernes).
Modérateur : Victor Battagion.

De gauche à droite : VB, FC, LD, EF, JPJ.

Pourquoi l'Histoire est-elle un terreau de Fantasy ?

EF : C'est un merveilleux terrain de jeu et une bonne excuse pour voyager, aller dans des musées, lire des livres de documentation. Ca lui a permis de découvrir des pans d'humanité dont elle ignorait l'existence.

LD : L'Histoire est fausse, c'est un récit, une construction, il y a des mythes qui se construisent dessus. La Fantasy est la fille du Conte et donc des Mythes. L'Histoire est donc un matériaux trop tentant pour ne pas jouer avec.

FC : C'est plus simple de mettre le lecteur dans l'ambiance grâce à l'Histoire. Ca donne de la familiarité et ça enrichit l'histoire. Dire "Venise" évoque plein de trucs ("même si certains [JPJ 😉] arrivent à faire aussi bien avec Ciudalia"). Il aime voir l'évolution des civilisations et en faire apparaître un schéma directeur.

JPJ : Son rapport à l'Histoire est à la fois sérieux et pas sérieux. Il cherche l'évasion pour lui et le lecteur, et l'Histoire est une rampe d'évasion, qui permet de voyager dans le temps comme on voyage dans l'espace.
Etudiant, il séchait les cours pour faire des fouilles dans un oppidum.

EF : Les livres sont la meilleure (et la seule) machine à voyager dans le temps. Ils font sentir les goûts et les odeurs, le poids d'une épée, la longueur d'un chemin...

LD : C'est encore mieux que la réalité virtuelle.

[Faut voir, mais un jeu comme Kingdom Come: Deliverance est pas mal dans le genre, et c'est même pas de la RV 😈]

LD : Cf Dumas "on peut violer l'Histoire si c'est pour lui faire de beaux enfants". Tout le monde peut s'approprier l'Histoire. Quand il écrit, c'est son inconscient qui s'exprime. L'Histoire est pleine de situations narratives improbables auxquelles on ne croirait pas irl. 

EF : J'aime quand un roman ouvre des horizons et montre des créatures fabuleuses, mais ces voyages sont plus forts quand il y a un vrai enjeu humain derrière. Elle aime l'histoire des gens qui n'étaient pas des rois ou des "fils de" et qui ont réussi à changer le monde (mais du coup, ils n'ont pas forcément eu de fin heureuse). L'Histoire nous montre l'importance des préjugés et des décisions humaines stupides, qui paraissent peu crédibles quand on les raconte [de ce côté, je trouve que la saga du Trône de Fer est particulièrement juste, avec bon nombre de persos qui prennent des décisions stupides, ce qui donne un côté très réaliste, à mon humble avis]. Elle aime quand un roman la sort de ses certitudes, et elle cherche à en faire autant vis à vis de ses lecteurs.

JPJ : Première étape : la découverte, pas forcément en rapport avec un projet défini. Deuxième étape : le désir de "jouer", de modéliser en jeu de rôles [il est l'auteur de Te Deum pour un massacre]. Il faut aussi choisir un angle pour l'écriture du roman (pour Gagner la Guerre, ce fut Le Prince de Machiavel). Par contre, en écrivant le roman, il y a eu des problèmes imprévus, comme les batailles navales ou le concours de peintres, d'où la Troisième étape : recherches complémentaires sur le sujet afin d'avoir un vernis historique, afin de faire écho chez le lecteur. 

FC : Il est fasciné par l'Histoire et le Moyen-Age depuis la cinquième et il puise dans ses cours universitaires avec bonheur. Il rejoint JPJ sur le vernis historique et les échos suscités. Et du coup, il se "sépare" de la vérité historique sur certains détails, parce que ça fera davantage écho avec le lecteur, et pour l'intérêt de l'histoire.

Pourquoi se rapproche-t-on toujours plus du Moyen-Age ?

LD : C'est l'héritage du Seigneur des Anneaux, qui a généré un esprit d'imitation, qui a conduit à la création du médiéval-fantastique et de Donjons & Dragons. Mais maintenant (depuis une bonne vingtaine d'années), on s'en affranchit, on s'est nourri des gens qui se sont nourris de Tolkien, comme le disait Brian Sanderson. 

JPJ : Tolkien a été influencé par le médiéviste William Morris, qui a aussi écrit de la fantasy médiévale. Par ailleurs, au XIXe siècle, la culture du Romantisme était une contre-culture, un peu comme le médiéval-fantastique en est une de nos jours. Et n'oublions pas non plus que Howard écrivait sur l'Antiquité.

EF : Elle a été aussi influencée par les auteurs de fantasy français, comme Colin, Calvo, Gaborit, qui ne se placent pas au Moyen-Age (plus à la Renaissance, voire XVIIe siècle et plus tard). Leur fantasy était différente, c'est ça qui lui a plu, et c'est pour ça que ses romans à elle ne sont pas médiévaux.

FC : Avec la Révolution Française, il y a eu un basculement des références, ce qui a donné une bonne image aux valeurs de l'ancienne classe dominantes [comme celles de la chevalerie]. Par ailleurs, le monde ancien est porteur de noirceur, de violence et ça fait écho à notre vie actuelle.

JPJ : Le Moyen-Age désinhibe le lecteur et l'auteur [ça m'étonne pas de sa part 😛]. La violence y est codifiée, souvent légitimée. On peut y mettre en scène des choses épouvantables sans scrupule [CQFD 😈]. Il y a aussi la confrontation entre le chevalier, qui a de l'honneur, et le mercenaire, qui est là parce que c'est son boulot (c'est un professionnel) et qui est payé pour. 

EF : La notion d'Elu et d'Héroïsme est liée aux sources de la fantasy. Mais il y a aussi les gens ordinaires (n'oublions pas que ce sont les Hobbits qui sauvent le monde, en définitive) et le fait que les ancêtres d'Aragorn n'étaient pas aussi nobles qu'ils l'auraient dû (cf la scène où il recrute l'armée des morts). 

LD : Il y a une confrontation de nos valeurs actuelles à celles de l'Histoire, ce qui entraîne un questionnement. Mais il ne faut pas oublier le côté défouloir du fantasmatique (c'est marrant de lire [ou d'écrire 😈] des massacres, mais on ne fera pas ça chez nous).

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