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mardi 7 juin 2016

Imaginales 2016 : "Scrinéo, comment ça marche ?..."

Scrinéo, comment ça marche ?

Radiographie d'une maison d'édition


J'étais curieuse d'assister à cette conférence, parce que Scrinéo était l'une des maisons d'édition que j'avais rencontrées au Speed-Dating de l'an dernier (et dont j'ai depuis reçu un refus pour CQVDSV*). J'ai été agréablement surprise par Jean-Paul Arif, que j'avais trouvé un peu froid et formel à l'époque - ce n'était pas le cas cette fois.

Image tirée de la vidéo d'ActuSF présentant un extrait de ladite conf

Intervenants : Jean-Paul Arif et Agnès "Aelys" Marot.
 
Comme d'hab : article rédigé d'après mes notes, erreurs possibles, ordre modifié, les commentaires entre [] sont de moi.

Scrinéo a commencé à publier de la non-fiction il y a dix ans, et de la fiction (avec Les Hauts Conteurs, d'Oliver Peru & Patrick McSpare) il y a cinq ans**.

Le premier "produit" de Scrinéo était numérique (Via Temporis, de Joslan F. Keller) avant de passer au papier avec "les carnets de l'info" : des guides pratiques, essais, documents... Depuis 2010, Via Temporis a été adapté en une série de romans jeunesse, et Les Hauts Conteurs a reçu plusieurs prix. La maison s'est alors développée en Jeunesse, Young Adult et Imaginaire.

Au début, Scrinéo a été un tremplin pour les jeunes*** auteurs mais aujourd'hui, elle continue de publier ceux qui ont commencé chez eux. A l'origine, il n'y avait qu'une collection Jeunesse ; maintenant, il y en a une en YA, dirigée par Aelys (et elle démarche même les auteurs YA !). Celle pour collégiens est dirigée par Arthur Ténor [écrivain aussi publié chez eux] et ils comptent ouvrir bientôt une collection SF adultes, dirigée par Stéphanie Nicot (le premier ouvrage sortira en octobre). Il y a trois ans, ils ont lancé la revue trimestrielle L'Eléphant, consacrée à la culture générale.Ils recherchent aussi des manuscrits de YA contemporain.

A l'origine, JPA était ingénieur en imagerie spatiale chez Airbus ^^ C'est quelqu'un de "généraliste", avec des goûts variés, c'est pourquoi Scrinéo fait aussi un peu de polar et de littérature "blanche". A la question "comment se faire une petite fortune dans l'édition ?", il répond "avec une grosse fortune", selon la blague qui court dans le milieu.
Editeur est un métier où on ne vous demande pas ou peu de comptes, de justifications. Mais on passe beaucoup de temps à investir, à gérer les retours. Tout ça se fait petit à petit et on peut se faire piéger si on fait produire trop de quantités.
Pour lui, "chaque livre est un pari", même quand c'est le prochain roman d'un auteur qui a déjà réussi. Les goûts des lecteurs changent (y compris en matière de couvertures), il faut donc s'adapter tout le temps. Et il n'existe pas de corrélation entre la qualité des retours et le succès d'un livre, hélas.

Ils ont une place pour les jeunes auteurs comme pour les confirmés, mais il y a une sélection, car ils reçoivent beaucoup de manuscrits et ne publient "que" vingt ouvrages par an [ce que je trouve pas mal tout de même !]. Quand ils refusent un roman, ce n'est pas parce qu'il n'est pas bon, mais parce qu'il n'est pas pour eux****. Quelques fois, JPA regrette d'être passé à côté. Il n'est pas capable de savoir si ce sera un succès ou non. Son seul critère personnel est la présence d'éléments originaux, qui lui donneraient envie de le publier.*****

Selon Aelys, un éditeur n'a pas la science infuse, et elle n'est pas toujours d'accord avec JPA (souvent à raison). Ce n'est pas parce qu'un manuscrit est refusé qu'il est mauvais/impubliable****, c'est que ce n'est pas pour eux. Ok, parfois, ça manque d'émotions, ou il y a trop de fautes de langue, mais quelques fois, elle n'accroche pas tout en reconnaissant la qualité du texte et elle a du mal à identifier pourquoi ; le manuscrit n'étant ni excellent ni mauvais, il aura peut-être sa chance ailleurs.

A la question de la ligne éditoriale, JPA répond qu'il est généraliste et très mauvais en segmentation. "Scrinéo, en deux mots, c'est le Savoir et l'Imagination". Il aime bien le mélange des genres [contrairement à Marsan] et il ne comprend pas pourquoi le marketing devrait l'en empêcher. Son rêve est de traiter la littérature de l'Imaginaire comme de la littérature tout court [si seulement...]. Comme il le dira un peu plus tard, "les artifices de l'Imaginaire sont là pour stimuler l'intellect, c'est de la littérature tout court".

Quelques exemples de livres "controversés" :
Shanoé, de Lorris Murail, a perturbé les critiques, car au croisement du fantastique et de la SF.
Le premier, de Nadia Coste, a un héros peu sympathique et très brutal (on peut le comparer avec L'Etranger, de Camus, sur ce point) et pourtant ils ont choisi de l'éditer [un très bon bouquin, quoique je ne le mettrais pas entre les mains d'un moins de 16 ans]. Ca a d'ailleurs été une vraie opportunité pour l'autrice de publier ce livre, très différent de ce qu'elle écrit d'habitude [essentiellement en Jeunesse].

Scrinéo aime prendre des risques quand ils croient en un livre.
A Francfort, lors du "grand marché annuel des droits de traduction", JPA est en admiration devant le fait qu'on puisse dire un truc du genre "je recherche un livre avec un héros masculin et un peu de magie".

Selon Aelys, JPA n'aime pas les trucs qui rentrent dans les cases. Nadia Coste avait peur de ne pas pouvoir publier Le premier, donc, et la publication lui a permis de croire en son propre roman (d'ordinaire "elle a tendance à être trop gentille avec ses personnages"). Depuis, elle a écrit Seuls les alligators vous entendront crier (toujours chez Scrinéo), qui est un roman d'horreur pour enfants de dix ans.
De même, Aelys va bientôt écrire un roman contemporain (non imaginaire mais avec de l'humour), ce qui est également différent de ce qu'elle fait d'ordinaire :)

Selon JPA, les auteurs non plus n'aiment pas les cases, et beaucoup aiment écrire dans plusieurs genres, quitte à prendre un pseudonyme. Scrinéo le leur permet, et du coup, Johan Héliot et Fabien Clavel aussi se sont lancés dans l'horreur.
 
Quand Estelle Faye est arrivée avec un projet de Fantasy évoquant la mythologie grecque, JPA lui a demandé "pourquoi ne fais-tu pas directement de la mythologie grecque ?" ; elle a répondu "j'ai le droit ?", et le résultat est La Voie des Oracles. Qui est d'autant plus original que le premier tome se passe en Gaule, le second en Orient et le troisième ailleurs encore.

Aurélie "Arya" Wellenstein, elle, explore beaucoup le thème de l'animalité. Le roi des fauves [que je lui ai acheté là-bas] est très angoissant et parle de mythologie nordique. Dans Les loups chantants, il y a des loups, des chiens, un effet de huis-clos avec le blizzard, et on y retrouve le mythe de la Sirène avec les loups du titre.

Aujourd'hui, la mde a une centaine de titres à son catalogue. Quelques fois, ils hésitent à mettre un livre en YA ou en Adulte, mais c'est une question de choix du public, ça n'a rien à voir avec le roman lui-même. Ils surveillent aussi la taille du roman, mais ce n'est pas un critère en soi, c'est plus que les différents publics préfèrent telle ou telle longueur.
 
"Un éditeur, comme un lecteur, cherche à être ému et transporté".




* : à la réflexion, je me dis que ça n'était pas dans ce qu'ils font d'habitude, mais d'un autre côté, ils sont éclectiques et c'est eux qui m'ont dit de l'envoyer... ^^

** : et est devenu depuis l'éditeur de plusieurs Grenouilles :)

*** : au sens "débutants", hein ;)

**** : je vais donc trouver ça rassurant :p

***** : et c'est là que chacun se demande "suis-je assez original(e) pour lui ?"...

2 commentaires:

  1. Je ne suis pas lectrice Scrinéo mais je vais m'intéresser d'un peu plus près à leur catalogue (là, c'est juste que les titres que je connais ne me font pas envie, donc même s'ils ont été publiés par des auteurs que je connais, je n'en ai acheté et lu aucun).
    Merci pour cette restitution, rien que pour cette citation, je suis heureuse d'avoir pris le temps de la lire :
    "Les artifices de l'Imaginaire sont là pour stimuler l'intellect, c'est de la littérature tout court."
    Jean-Paul Arif a dit avec ça quelque chose de très juste, et quand je vois le nombre de romans catalogués en "littérature tout court" alors qu'ils contiennent de l'imaginaire, je ne peux que lui donner raison.
    J'aimerais pouvoir mettre cette citation en avant quelque part sur mon blog tellement elle me plait.

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    Réponses
    1. Qu'est-ce qui t'empêche de le faire ? ;)
      Pour les ouvrages publiés, je suis dans le même cas que toi mais je ne regrette pas d'avoir lu "Le Premier", par exemple :)

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