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jeudi 2 juin 2016

Imaginales 2016 : "Ecrire et publier..."

Ecrire et publier, conseils à un jeune auteur


Il paraît que Stéphane Marsan donne cette conférence tous les ans. Je ne me rappelle plus pourquoi je n'y suis pas allée l'an dernier, sans doute parce qu'elle devait se tenir en même temps qu'une autre qui m'intéressait davantage à priori. 

C'était encore le cas cette année (j'aurais bien aimé assister à "Quand les romans font des femmes leurs persos principaux", qui, malgré son titre que je trouve un peu bateau, voire gnan-gnan, promettait de parler de féminisme*), mais cette fois, j'y suis allée (faut pas mourir idiote, et on m'en avait dit le plus grand bien).

Encore une fois, disclaimer, blabla, ce ne sont que les notes que j'ai prises, je peux avoir fait des erreurs, et j'ai parfois changé l'ordre dans lequel certains trucs ont été dit, pour que ça soit moins décousu.
Les commentaires entre [] sont de moi.

Image tirée de la vidéo d'ActuSF présentant un extrait de ladite conf**.

Tout d'abord, il est précisé que par "jeune auteur", on entend "auteur en herbe", sans distinction d'âge ;) 

Actuellement, Bragelonne reçoit cinq manuscrits de littératures de l'imaginaire par jour, sans compter ce qui "part" chez Milady ou Castermore [vu que les trois sous-maisons partagent le même formulaire d'envoi]. Pour s'en occuper, SM est assisté par Bruno Lambert, qui dirige également les comités de lecture.

Lorsque Bragelonne reçoit des manuscrits, BL fait un premier tri, en éliminant ce qui est hors-sujet ou vraiment de mauvaise qualité, puis il fait une pré-sélection par catégorie (SF, Fantasy, Young Adult...) pour les différents éditeurs. Ils se réunissent pour cela une fois par semaine ; en général, un manuscrit intéressant par réunion est ainsi découvert (au passage : si un manuscrit est envoyé à Bragelonne dans la mauvaise catégorie, il sera redirigé au bon endroit ensuite).

Au début de sa carrière, SM a fait preuve de la "légendaire cruauté de l'éditeur" en déclarant à Sire Cédric [dont je ne suis pas fan - ce qui ne l'empêche pas d'avoir du succès ^^], alors débutant, qu'il n'était pas fait pour écrire. En-dehors de ça, il y a un certain décalage entre les aspirants-auteurs et ceux qui "méritent" d'être édités, car les seconds font des efforts et s'investissent dans leur écriture. Etre écrivain est éreintant, laborieux, "émotionnellement challenging" ; si on veut devenir écrivain, il faut en avoir vraiment envie.

Paul Morand aurait dit*** "tout le monde a un livre en lui". Selon SM, ce n'est peut-être pas le cas. "Il faut vraiment que ça vous réveille la nuit, que ça vous habite, que ça vous hante", sinon on n'y met pas le temps ni les efforts - et sinon, on enverra un truc qui fera perdre son temps à l'éditeur. L'éditeur doit sentir que la personne a vraiment un livre en elle. D'ailleurs, pitcher son roman à SM [un exercice auquel il se prête volontiers sur les salons, même en-dehors du Speed-Dating] est un test : si on le fait, c'est qu'on a vraiment un truc à dire et à partager. Si on n'en meurt pas d'envie, on morflera plus que les autres et dans ce cas, peut-être que ça n'en vaut pas la peine.

Quant à la "densité de production" de l'auteur, c'est plus un problème de stratégie éditoriale. En librairie, le nouveautés ne restent que quelques semaines comme telles. Quand le tome 2 sort un an après le tome 1, il faut rappeler l'existence dudit tome 1. Lorsque ça se produit avec des écrivains "lents", comme Rothfuss ou Scott Lynch, c'est génial quand ça marche. A notre époque, le timing est important car les gens ont la mémoire courte, on essaie donc de faire une sortie tous les six mois, voire de sortir les deux d'un coup.

Pour ce qui concerne la relation avec l'auteur à ce sujet, on essaie de ne pas le presser, mais on préfère que le premier jet du tome 2 soit fini avant de publier le tome 1. Néanmoins, en cas de trilogie, on ne demande pas de tout écrire d'un coup car il peut y avoir des modifications à faire, donc des répercussions. Envoyer un synopsis des tomes suivants, par contre, est toujours utile.

Georges R.R. Martin conseille aux débutants de commencer en écrivant des nouvelles, mais ce n'est pas forcément valable en France et à notre époque. Il y a du pour et du contre, mais selon SM "faites ce que vous voulez, ce que vous aimez".

Aujourd'hui, lancer une série et la soutenir sur le long terme est plus dur qu'autrefois. Les gens veulent savoir s'il y aura une suite avant d'acheter. Bien qu'il existe des exception, il y a 50% d'attrition**** d'un tome à l'autre. Mais en fantasy, c'est dur de se réduire à un seul tome.

Néanmoins, il y a un intérêt pour les one-shot en fantasy francophone. Paul Beorn s'est vu proposer de décliner Le 7e guerrier-mage (qui doit faire un million de signes) en trilogie, mais il a préféré se restreindre à un seul volume.

Sinon, il y a aussi les "univers communs", comme dans les oeuvres de David Gemmell, où on croise tout un pool de personnages au fil des tomes [un peu ce que je compte faire avec CQVDSV ^^]. Mais dans le cas d'une x-logie, il faut une bonne histoire, maîtrisée, avec de bonnes fins de tome.

En ce qui concerne les critères de sélection d'un manuscrit, il existe une lassitude, à force de lire de mauvais projets, qui s'oppose à l'obligation morale et professionnelle de lire les manuscrits plutôt que de lire pour soi (en loisir). C'est "disheartening", décourageant, ça brise le coeur. Heureusement, de temps en temps, on tombe sur une perle.

En général, SM ne lit que la première page, voire les dix premières maximum (il n'a pas le temps d'en faire plus). On peut comparer ça à ce que font les lecteurs, quand ils consultent le quatrième de couverture. Quelque fois, l'éditeur est "attrapé" par le livre, même quand il ne s'y attendait pas à priori (c'est ce qui lui est arrivé avec Seul sur Mars, sachant qu'en plus, SM est plutôt fantasy que SF). Parfois, l'éditeur ne "sent" pas tel ou telle histoire, mais ça ne veut pas dire que ça ne plaira pas à un de ses collègues.

Il lui arrive de refuser quelque chose qui aura du succès chez un autre éditeur (cf ce qui s'est passé avec Sire Cédric ;)), mais ce n'est pas toujours un regret. A l'opposé, il y a des livres qu'il regrette d'avoir publié (comme sa première publication, Souffre-Jour de Matthieu Gaborit, qui a d'ailleurs été réécrit par la suite). Ces choix ne sont pas qu'un question de gros sous, mais aussi d'identité (et de fierté) de la mde. Les différents éditeurs ne sont pas des rivaux, car ils ne sont pas toujours en concurrence.

Pour ce qui concerne le genre d'un livre, c'est à l'auteur de le choisir. SM, lui, aime bien les catégories "classiques", sans mélange [ce qui est assez différent de ce qui se passe chez Scrinéo], et avant, c'était lui qui faisait ce choix . A ce propos, il recommande Save the cat, de Blake Snyder*****, un manuel de scénarisation qui aide à classifier les histoires selon le thème plutôt que le genre [ce que je trouve très bien pensé].
Par exemple, la bit-lit (il est l'inventeur du terme, bien que celui-ci lui ait ensuite échappé ;)) se différencie de la romance fantastique, les deux étant distinctes de l'urban fantasy ; c'est le thème qui fait la différence.

L'écrivain doit donc faire le bon choix : "avec quel genre d'histoire je veux captiver mon lecteur ?". Mais en général, plus un roman est hybride, moins il a de chances de se vendre.

A ce propos, la question se pose de "faut-il viser un public (jeunesse ou adulte) ou vaut-il mieux écrire et voir après ?". La réponse varie selon les auteurs. Il y a [hélàs] le syndrome du "la SFFF, c'est pour les enfants", et l'étiquette "jeunesse" transcende le genre du livre. Néanmoins, "ce n'est pas parce qu'un livre peut être lu par des enfants que c'est un livre pour enfants". Par contre, il existe des livres (comme Le 7e guerrier-mage), qui sont "universels" et lisibles par un public plus jeune que celui auquel il était destiné. Et beaucoup d'auteurs écrivent à la fois pour la jeunesse et d'autres publics sans problème.

Pour revenir sur le fait de happer l'éditeur : on lit souvent le conseil de faire des intros in media res******. Est-ce que ça risque de mener à une uniformisation ? Est-ce un désavantage pour ceux qui ne s'y plient pas ? [et ouep, c'était ma question à moi ^^]. La réponse de SM est que ce risque n'est pas présent car il y a beaucoup de monde qui ne respecte pas cette "règle". "Un roman, c'est l'histoire de quelqu'un qui a un problème". Le plus important, c'est de rendre ce personnage sympathique et/ou intéressant, pas l'action en tant que telle. L'important, c'est l'enjeu. "Le récit est l'histoire d'un changement", qui peut être social, mental, matériel... Et "pour changer, il faut souffrir".
Le héros, c'est le personnage le plus faible, celui qui n'a pas le choix, comme dans les livres d'O.S. Card (dont Bragelonne cherche à rééditer les manuels d'écriture, en rupture de stock depuis des années). C'est l'âme du roman. SM nous conseille de lire Les misérables, De grandes espérances, Autant en emporte le vent et Le trône de fer pour leur sens du romanesque, les émotions des personnages. Et aussi les 22 règles du storytelling de Pixar.

Une question que doit se poser l'écrivain, c'est "quel est mon propos, mon message, mon thème ?". Il faut être cohérent avec son histoire. Par ailleurs, si l'histoire ne se résume pas en deux phrases, c'est qu'il y a un problème. Un récit, ce n'est pas un univers [cf plus haut avec Save the cat : on peut avoir la même "trame" avec des univers différents]. Et il faut envisager les émotions qu'on veut susciter chez le lecteur, puis vérifier qu'on y arrive.





* : et en plus y'avait Jeanne-A Debats ^^ *edit* Je croyais que, mais en fait non :( Mais y'avait du beau monde quand même :)

** : je sais, j'avais de quoi prendre des photos, mais c'était ça ou prendre des notes... ;)

*** : je ne suis pas allée vérifier :p

**** : pour ceux qui n'aiment pas les belles phrases, ça veut dire qu'un tome se vend moitié moins que le précédent ;)

***** : quoique 12€ pour un e-book de 200 page en VO, j'appelle ça du vol caractérisé :( 

****** : "au milieu des choses", autrement dit, en pleine action.

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