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jeudi 16 juin 2016

Des héroïnes en SFFF

A prendre au sens "au sujet de..."*

Je n'ai pas encore pris le temps d'écouter le podcast de la conférence "Quand les romans font des femmes leurs persos principaux" des Imaginales, mais j'avais envie d'évoquer le sujet (notamment parce que c'était le thème de discussion du mois dans les Challenges de Cocyclics). Avant que j'oublie, je signale ici un article intéressant sur le sujet par ma collègue Grenouille Edel-Weiss.




Ca ne se voit peut-être pas tant que ça**, mais je suis une femme. Donc je suis féministe. Le contraire n'est pas envisageable. 

Je sais que l'étiquette a mauvaise presse, sans doute à cause d'extrémistes bruyantes, comme c'est le cas au sein de n'importe quelle communauté. Même si l'idée de renvoyer nos bonshommes à la cuisine est marrante cinq minutes***, on ne peut vraisemblablement pas avancer dans la lutte contre le patriarcat en inversant les rôles. Ce qu'on appelle féminisme, ce n'est rien d'autre que la recherche d'une vraie égalité entre hommes et femmes (et autres genres, pour ceux qui ne se reconnaissent pas dans cette binarité). Au passage, si le sujet vous intéresse, je vous conseille de jeter un oeil par là.

Pour en revenir au sujet, comme l'évoquait la dernière des conférences auxquelles j'ai assisté aux Imaginales, certains domaines de la SFFF - la Fantasy en particulier - se laissent aller à un certain sexisme. La justification étant généralement "fantasy = médiéval = la femme est inférieure (parce que c'était le cas irl)". Je reconnais (sans doute parce que je suis un produit de mon éducation et de mes lectures) qu'un tel cadre donne un côté "réaliste" à une histoire, surtout si on veut insister sur le fait que l'univers en question est brutal et barbare.

Ca ne veut pas dire qu'on ne peut pas y créer des héroïnes fortes. 

Par "héroïnes fortes", je ne veux pas dire forcément des grosses bourrines, même si ça peut être fun aussi ; la preuve avec Araann et Makri, qui représentent bien ce que j'aime jouer en jeu de rôle : des combattantes physiquement fortes, avec un caractère bien trempé****. D'ailleurs, les demoiselles en question existent au sein d'univers où l'égalité des sexes est majoritairement reconnue (ou du moins, où une femme guerrière ne choque personne).

En fait, je pense que "forte" signifie simplement "qui ne se laisse pas marcher sur les pieds", et en particulier "qui ne se laisse pas ranger dans les cases que la société a créées pour elle" (et "badass", "qui est sûr de soi (et le laisse savoir)"). Ca peut donc donner des grandes gueules comme Araann ou Makri, mais aussi des filles plus subtiles comme Anya ou Carmilla. Mais là, comme ça, je réalise que je n'ai quasiment pas de personnage féminin "faible".

La plupart des femmes du Darksideverse ne s'en laissent pas conter (faut au moins ça pour ne pas se laisser "écraser" par Josh ^^) et même celles qui ont choisi une "carrière féminine"*****, comme Angèle, l'épouse de Franklin (mère au foyer), l'ont fait par choix et pas pour se conformer à un moule. En contre-exemple, je peux citer Aurore, fille de la précédente et traumatisée à vie par les actions de son jumeau, et la mère de Slayer, qui vit dans la terreur de son mari. Mais c'est tout. Quant à la civilisation post-apo du Journal d'Anya, comme je l'ai dit ailleurs, elle n'est pas retournée à l'âge de pierre quand l'Exode a eu lieu ; non seulement hommes et femmes sont restés égaux (puisque c'était enfin le cas à l'époque), mais le viol est un crime aussi mal vu que le meurtre (et bien plus rare de la part d'autre chose qu'un zombie, personne ne voulant être rabattu à ce niveau). Du coup, je me suis amusée à attribuer des "rôles masculins"***** aux femmes, et réciproquement (pas à tous les coups, bien sûr, mais assez pour faire sentir cette égalité******).

Dans Ceux qui vivent du sang versé, le problème est différent : j'ai voulu un univers qui soit proche du nôtre, donc j'ai laissé quelques clichés du genre : le monde de l'espionnage et de l'assassinat est celui des hommes, même si quelques femmes (comme Athéna et Artémis) y ont fait leur place (mais elles sont certainement moins payées que leurs homologues masculins ^^). On m'a d'ailleurs reproché une fois un certain machisme de la part de Paul, au début de l'histoire. Ce n'est pas étonnant, il ne fréquente que deux types de femmes : les collègues (dont il se méfie autant que si elles étaient mâles) et les "décoratives" (qui ne sont là que pour faire joli au bras de ses cibles). En fait, il n'évalue pas les gens en fonction de leur sexe, mais en fonction de leur fonction. Quelque part, sa relation avec Carmilla aurait été inchangée si celle-ci avait été un homme.

Une question que je me pose, c'est "qu'est-ce qui motiverait une autrice à diminuer la place des femmes dans ses textes ?". Par "diminuer" j'entends aussi bien "avoir peu de personnages femelles" que "ne laisser que des rôles subalternes aux femmes" (au sein de l'histoire plus qu'au sein de la société). Je peux admettre l'excuse "j'ai eu envie de créer un univers plein de testostérone, où les femmes n'ont pas leur place" si les problématiques soulevées (au hasard, l'homosexualité, mais ce n'est pas la seule) mettent en cause la virilité telle qu'on la conçoit aujourd'hui. Par contre, si on me répond juste "je visualisais mes personnages comme des hommes", je suis plus partagée. Ca m'arrive de "voir" tel ou tel personnage, au moment de sa création, comme un homme ou une femme (après tout, Joshua n'est pas une fille ;)). Néanmoins, si je me rends compte qu'il y gagnerait en profondeur en étant de l'autre sexe, je change souvent (cf deux paragraphes plus haut). Ce n'est pas que je cherche à faire du militantisme, c'est que je trouve qu'il y a déjà beaucoup d'histoires mettant en avant des hommes dans un monde d'hommes ; ça ne veut pas dire qu'elles soient mauvaises ou qu'elles manquent d'originalité ; mais pour moi, ça serait un manque d'originalité de me couler dans ce moule, surtout que ledit moule est un héritage de l'époque où les textes en question étaient écrits par des hommes pour des hommes. J'aurais l'impression de me renier.

Mais n'hésitez pas à me fournir des contre-arguments si vous en avez :)

PS : pas eu encore vraiment le temps d'avancer sur le JdA, cette semaine, je tâcherai de faire mieux - et d'en donner des nouvelles - la semaine prochaine :)




* : ouais, je me la pète avec mes tournures latinisantes.

** : surtout par écrit ^^ ; irl, ça m'arrive beaucoup moins qu'il y a vingt ans, mais on me prend parfois encore pour un homme.

*** : surtout si le bonhomme en question cuisine bien <3

**** : bizarrement, quand je pars sur un personnage moins "physique", je crée souvent un homme (mais pas toujours - et c'est pas le sujet). 

***** : si vous me pardonnez l'expression.

****** : du moins, je l'espère !

2 commentaires:

  1. Article très intéressant. Comme toi, j'ai à coeur d'intégrer des femmes "non victimes" dans mes histoires, ayant pas mal souffert ado du manque de bonnes références féminines dans la littérature que j'aimais. C'est aussi pour ça que la place des femmes en littérature de SF sera un des thèmes de tables rondes aux Aventuriales et que j'en serai modératrice (ma première fois... toujours émouvant, une première fois ;)).

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    1. Bon courage :)
      Tu parles de la place des autrices ou de celle des héroïnes ? (ou les deux ?).

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