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lundi 15 février 2016

Attention whore

Pour les anglophobes*, le terme désigne une personne (homme ou femme, je tiens à le préciser) "prête à se prostituer pour qu'on fasse attention à elle". C'est Dorian Lake, camarade Grenouille, qui m'a fait réfléchir au concept dans un de ses récents articles. Il ne parle pas exactement de la même chose, puisqu'il évoque la part à faire entre les louanges des (bêta-) lecteurs vs la différence entre notre talent et celui des "grands" de l'écriture, mais je pense que les sujets sont connexes (je vais quand même commencer par parler de ce que son sujet m'inspire avant d'embrayer sur le mien) :

Quand on diffuse un texte (y compris un article de blog ^^), c'est pour qu'il soit lu (sinon, autant se contenter d'un journal intime). Souvent, c'est parce qu'on pense avoir quelque chose d'intéressant à dire ; ça peut aussi être pour "partager", juste dire qu'on est triste ou content (ce que je différencie du "intéressant", car beaucoup plus subjectif) ; dans certains cas, on recherche la critique (comme avec la bêta-lecture) ou le débat.

Avant de m'inscrire sur Cocyclics, j'ai fréquenté, pendant plusieurs mois, une toute petite communauté d'apprentis-écrivains (aujourd'hui défunte). Les principes étaient simples : quelqu'un postait un texte (SFFF ou non), les gens mettaient des commentaires. Pour ma part, j'essayais d'être constructive dans mes remarques, surtout parce que la plupart des textes présentés étaient moyens, voire mauvais. Entre les soucis de cohérence interne, les scénarios tirés par les cheveux et l’orthographe catastrophique, il y avait presque toujours des choses à redire. Et devant l'absence d'améliorations de certains (j'entends par là qu'ils postaient texte après texte sans chercher à prendre en compte les corrections qu'on leur suggérait), j'ai fini par comprendre que leur but n'était pas d'échanger ni de s'améliorer, mais de s'entendre dire "n'est-ce pas, que je suis bon".

Alors, oui, je peux comprendre qu'on ait besoin d'être rassuré (c'est pour ça que je m'efforçais de trouver des points positifs quand je critiquais), mais ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas chercher à s'améliorer. Et de l'autre côté, c'est assez frustrant de dire "corrige ça" et de se voir ignoré.

Ce qui nous amène à l'autre partie du problème (et au sujet proprement dit**) : l'ego.

Désolée, je pouvais pas ne pas la faire ^^

La plupart des apprentis-écrivains que je connais*** cherchent à être publiés. Certains, par ignorance autant que par impatience, on va dire, vont remplir les poches des "éditeurs" à compte d'auteur****. D'autres, plus malins, vont s'auto-éditer*****, mais le résultat variera d'une personne à l'autre, selon le sérieux de l'auteur******. 
Je ne m'étendrai pas sur le sujet de la qualité de l'oeuvre en question, parce que ce n'est pas essentiel à la problématique : on trouve d'excellents textes auto-édités, et des merdes qui paraissent chez de grands éditeurs.

J'imagine que quand ont est publié chez un vrai éditeur, de préférence un grand (mais on fait ce qu'on peut ^^), on a moins à se préoccuper de la promotion : si la maison fait son boulot, elle se chargera de faire placer votre livre en librairie et vous organisera des dédicaces et autres participations à des salons. En revanche, quand on est auto-édité (ou édité à compte d'auteur, dans presque tous les cas que j'ai vus), on se retrouve à devoir soi-même vendre son produit. Et là, ça peut être... compliqué.


Il est frais, mon poisson bouquin, il est frais !

J'avoue que je ne suis pas une bonne cliente, pour ce genre de choses. Je souffre d'un certain snobisme et je considère que si un roman n'est pas publié chez un vrai éditeur, c'est qu'il n'atteint probablement pas ce que je considère comme une qualité minimale (je l'ai dit plus haut, le contraire arrive aussi, mais dans les deux cas, on est dans le domaine de l'exception). Bref, à moins de connaître l'auteur ou d'avoir eu de bonnes critiques de l'oeuvre par des gens que je considère comme fiables, j'ai tendance à résister aux yeux de chat potté des bébé-auteurs.*******
*edit 16/02/16* : Petite précision, cf les commentaires : ce que je dis là s'applique aux romans, pas aux nouvelles. Pour ces dernières, je considère (mais ce n'est que mon avis à moi que j'ai ;)) que l'important est de pouvoir les diffuser, même si ce n'est "que" dans un fanzine ou webzine. Par ailleurs, un vrai éditeur n'est pas forcément un gros éditeur (même si c'est souvent mieux :p).

Achetez mon livre, siouplé !

Ayant eu l'occasion de donner un coup de mains à des copines qui vendaient leur fanzine aux Imaginales, l'an dernier, je sais que ce n'est pas facile (même, à ce que j'ai vu, quand on est édité chez un vrai éditeur, à moins d'être un peu connu soi-même). Il faut trouver un juste milieu, ne pas faire peur à l'acheteur potentiel mais ne pas non plus l'ignorer et surtout, surtout, ne pas insister quand le client n'a pas l'air conquis.

"Certes", me direz-vous, "mais toi, t'en es pas encore là, avec tes deux pauvres nouvelles dont une qu'est même pas encore sortie. Donc, où veux-tu en venir, depuis le temps que tu tournes autour du pot ?!". 

Ben voilà, tout ça pour dire que même si j'ai pas de poisson bouquin à vendre, je me sens un peu dans la même situation. J'écris des articles de blog et je déprime quand Blogger m'annonce que je n'ai eu que deux visites (ou moins !) tel ou tel jour. Je poste des extraits de mes écrits, ici ou ailleurs, et je me morfonds quand personne ne les commente. J'ai envie de dire "lisez-moi !", "échangez avec moi !", "écoutez-moi !". Et à côté de ça, comme je suis hyper-sélective (et pas forcément sur des critères objectifs), je ne rends pas la pareille à ceux qui ont la bonté de prêter l'oreille (enfin, l'oeil ^^), à mes élucubrations.

En sus, je me demande si, si je suis quand je serai publiée********, je risque de devenir ce genre d'auteur chiant qui harcèle le chaland. Parce que, comme tout le monde, j'ai besoin d'être rassurée, mais je ne dois pas exiger de mes lecteurs qu'ils le fassent.

Bonjour, je m'appelle Crazy et je suis une attention whore.




* : j'ai pitié.

** : c'est pas trop tôt.

*** : mais pas tous, ou du moins, j'en connais qui sont très zen à ce sujet.

**** : petite règle simple : si vous devez payer quoique ce soit, vous êtes dans le cas du compte d'auteur et vous risquez de grosses déconvenues. Renseignez-vous bien avant ! (ici, par exemple)

***** : petite page de pub pour un guide écrit par une auteure qui en a une expérience réussie ^^

****** : j'entends par là : à quel point il aura peaufiné son manuscrit (y compris pour la mise en page), avant de le publier.

******* : au sens "auteur débutant fraîchement publié".

******** : faut penser positif !

18 commentaires:

  1. Ton article touche un point très juste. J'en vois beaucoup, sur Wattpad ou sur FB, qui spamment, spamment et spamment en espérant vendre leur poisson. Dès que tu leur parles, c'est: "merci de t'intéresser à moi. Achète mon bouquin. Lis moi." bref, le Attention whore que tu décris.

    En fait, en comparaison, j'ai l'impression d'être un Attention Escort. Je fais de la promo, je veux me faire lire sans forcément rendre à tout le monde la pareille, mais je reste un minimum poli et avec de l'humour. Du coup ça marche, mais au fond, c'est la même chose.

    Bref, c'est comme tout, l'important est de ne pas tomber dans les extrêmes.

    ps: je partage ton article sur FB. Oui, je sais, FB tout ça...

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    1. Partage juste le lien, que ça me fasse des vues :p
      (oops, je me suis trahie ^^).

      J'aime bien le terme de "Attention escort".

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  2. Ah, ce design me disait bien quelque chose ! Il me semblait que l'Attelage avait tenté de contacter une certaine Crazy pour voir s'il était possible d'échanger, et n'avait pas obtenu de réponse...

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    1. Ca ne me dit rien du tout O_o
      C'était dans quel cadre ?

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    2. J'en ai rediscuté avec Marion, qui est certaine de t'avoir contactée, mais j'imagine que le message s'est perdu dans les limbes du filtre anti-spam ou quoi x) Enfin en gros, l'Attelage, un collectif d'auteurs indépendants, recherchait des écrivains pour grossir ses rangs à une certaine période, et on avait été intéressés par ton écriture =) Bon, j'ai vu à la lecture de cet article que pour toi c'est "Maison d’Édition ou rien" donc à ce niveau-là j'imagine que ça n'aurait pas abouti, quand bien même tu aurais reçu le message ;)

      Dans tous les cas tu es la bienvenue si tu veux passer par chez nous pour discuter de choses et d'autres, publier des articles, etc :) www.attelage.net

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    3. C'est noté, j'irai voir ça.
      Par contre (je modifierai sans doute mon message pour clarifier), c'est vrai que je veux être publiée dans une vraie maison... mais j'ai des critères plus souples pour les nouvelles ;)

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    4. Voilà, edit ajouté.
      Sinon, en allant sur le site, je me suis aperçue que finalement, si, j'avais déjà vu.
      Mais par contre, je pense que ce n'est pas pour moi, ça ne correspond pas à ma façon de "bosser" et je suis trop flemmarde pour vouloir changer ^^

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  3. Ton article me parle beaucoup, Crazy. Surtout pour le blog et les vues. J'aime beaucoup échanger, je ne peux donc que comprendre pourquoi tu ressens le besoin du Lisez-moi, Echangez !
    Cela étant pour les auto-édités, je ne serais pas aussi catégorique, j'en connais qui n'ont pas décroché de contrats éditeurs à compte d'auteur car leurs écrits étaient inclassables dans les lignes édito voire dans les genres ou sous-genres car finalement très hybrides. En revanche, ce qui m'insupporte ce sont ceux qui t'invitent sur les réseaux sociaux dans l'unique but de te faire aimer leur page et te parler de leurs écrits sans même se présenter ou autre.
    Je ne suis pas une auteure connue - pas encore, aimez-moi (ah ah ah ^^) - mais je ne me vends pas de la sorte pour faire de la vente. J'ai du mal à me vendre, je suis assez timide en salon (mais je me soigne, je fais des efforts) mais le forcing, je ne comprends pas...
    J'ai récemment été invitée sur FB par un auteur que je ne connais pas. Il "like" ma page de son propre chef et puis me demande pourquoi je ne vais pas aimer la sienne. Et il insiste en prétendant donc que je ne veux pas l'aider (euh je dois rêver non ? Eh bien non !) et que c'est pourtant bien l'entraide ! Je lui ai répondu que justement le forcing avait l'effet de faire fuir les gens. Il n'a pas donné suite. Mais zut quoi ! Je n'aime pas ennuyer les gens, je partage mes infos sur des sites certes mais je j'invite perso que les gens que je connais depuis un long moment et pour les autres, ils peuvent trouver les infos sur mes différents comptes et je suis ouverte à la discussion. Mais se vendre en mettant le couteau sous la gorge de l'autre, non je ne comprends pas. Du coup, ton article me paraît être une lecture que beaucoup de jeunes auteurs devraient lire (et pas que les jeunes d'ailleurs !).

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    1. Pour les auto-édités, je sais, mais comme je l'ai dit, ce sont des exceptions (j'ai d'ailleurs acheté "Dans les pas de Romane", de Roanne, hier ^^).

      Pour le reste, je ne suis pas sur fb, donc je ne sais pas si c'est pareil que sur G+. J'ai tendance à mettre facilement un +1 sur les articles de potes que je vois passer, parce que je vois ça comme un encouragement. Mais si je dois faire ça pour des inconnus, faut que l'article en question m'intéresse. Pareil pour le cerclage (~ mise en ami).

      Et effectivement, le coup de râler parce que tu n'as pas rendu la pareille, ben lol, quoi. Vous avez pas signé un contrat ^^, et surtout si ça vient de qqn que tu connais à peine.

      Je me rappelle d'un auteur qui m'avait fait fuir, comme ça, au salon Fantastique, y'a qq années. Depuis, j'ai lu des nouvelles de lui, et j'ai bien aimé. Mais là, il était tellement insistant que j'avais envie de lui faire bouffer son flyer ^^

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  4. Je comprends tout à fait ce que tu veux dire Crazy. Pour ma part, je vise l'auto-édition (et vive Nathalie Bagadey ! j'en rajoute sur le coup de pub, tu vois) mais par choix personnel en fait. Par contre, je sais que c'est un lourd travail, et je souhaite vraiment offrir un livre qui soit d'aussi bonne qualité qu'un roman réellement édité. (que ce soit sur le texte que sur l'objet livre). Je vois tout à fait ce que veut dire Bérangère aussi. Certains auteurs supportent mal qu'on ne veuille pas acheter leur livre ou qu'on ne fasse pas un article sur notre blog... M'enfin ! chacun est libre de faire ce qu'il veut ! et c'est typiquement le genre de réaction qui les font tomber dans ma liste noire.

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    1. Par curiosité, pourquoi l'auto-édition plutôt que de chercher un éditeur (et as-tu testé le Grimoire Galactique des Grenouilles ?)

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    2. J'y ai bien réfléchi en fait et j'en ai même discuté avec plusieurs copines grenouilles. Il s'avère tout simplement que j'aime beaucoup l'idée de faire tout moi-même. Je ne dis pas non plus que je ne chercherai jamais un éditeur (j'ai le Grimoire depuis quelques temps^^) mais pour l'instant, une fois mon texte terminé, corrigé, je ne me vois pas attendre des mois voir des années avant de recevoir une réponse et je trouve dommage de le planquer dans un tiroir. Je préfère m'auto-publié plutôt que de céder mes droits à une maison d'édition qui me laissera gérer moi-même la promotion (même si je ne compte pas en faire beaucoup!) On en rediscute dans quelques années, peut-être aurais-je changé d'avis ! ;-)

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    3. Si ta maison est sérieuse, c'est à elle d'assurer la promo ; mais pour le reste, je comprends tes raisons :)

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  5. Bon, on a pas mal retourné le sujet sur le forum, mais je voulais quand même laisser un petit mot sur ton article parce qu'il touche à une chose importante en effet, l'ego (et plus généralement la confiance en soi) d'un auteur, et la manière de se promouvoir sur les réseaux sociaux. Je pense qu'il faut essayer de trouver un équilibre en effet entre rassembler les lecteurs, et savoir rendre la pareille d'une certaine manière (ne serait-ce qu'en engageant le débat avec les gens qui s'intéressent à ce que tu écris, sans forcément t'obliger à les suivre en retour). J'aime bien l'idée de "attention escort" pour montrer cet équilibre dans la manière de se promouvoir ^^

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    1. Merci d'avoir pensé à moi en tk ^^

      Y'a aussi le fait que c'est pas évident de suivre tout le monde en détail. J'aime bien passer par G+ pour voir ça de façon centralisée, mais quand il s'agit de "faire la tournée" pour voir si untel a répondu à tel ou tel commentaire, ça peut devenir fastidieux :/ (et du coup, je préfère répondre par G+ ^^).

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  6. Héhé, c'est vrai que parfois on poste des choses (articles ou histoires), un peu comme des bouteilles à la mer en espérant que quelqu'un les lira et en attendant impatiemment des retours qui ne viennent pas toujours.
    Comme beaucoup de choses, je crois que ça se construit sur le long terme en privilégiant la qualité plutôt que la quantité. Même si attirer régulièrement l'attention à grands renforts de cris peut parfois aider (et parfois saouler les internautes). Juste milieu pas évident à trouver...
    A+

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  7. Personne n'aime discuter tout seul, sur la toile ou IRL. Il y a tellement de choses intéressantes à lire que c'est difficile de retenir l'attention du public (mes stats de blog ne sont pas super chouettes non plus ^^) . Mais je suis sûre que tu ne deviendras pas un de ces abominables personnages qui te spamment pour te vendre leur bouquin ;-)

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    1. J'espère, j'espère, mais j'ai peur d'abuser...

      M'enfin bon, faudrait déjà que je sois publiée :p

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