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mercredi 23 septembre 2015

Background : Brethil

Ne me sentant pas encore assez en forme pour m'occuper de mes nouvelles à remanier, je me suis rappelée que j'avais quand même en stock des vieux trucs pas trop pourris que je pouvais poster ici, histoire de calmer les foules en délire.*

A part ça, je viens d'apprendre qu'une de mes nouvelles (du Darksideverse) avait été retenue pour une antho**, mais j'en parlerai davantage quand ce sera confirmé-confirmé.

Bref. Le texte ci-dessous est donc le background de Brethil, un personnage que je jouais sur un serveur privé Ultima Online, sur le thème du Seigneur des Anneaux. Pour ceux qui suivent, c'est le même perso que le "héros" de l'Arc en mallorn ;)

Cours, Brethil, cours ! 


La troupe était derrière lui, comme des loups après un daim. Comme lui-même après le daim qu'il chassait encore quelques heures plus tôt et dont la carcasse gisait à présent quelque part dans l'obscurité, si ses poursuivants ne l'avaient pas déjà dévorée.

Son coeur battait comme un tambour au rythme de son angoisse. Ses côtes étaient douloureuses sous l'effort mais ses jambes minces continuaient de s'activer, l'emmenant toujours plus profond dans les bois. Repoussant d'une main fébrile une mèche brune trempée de sueur, il se risqua à jeter un regard derrière lui.

Rien. Rien encore, mais des frémissements dans les buissons et les cris rauques des Orques qui s'invectivaient dans leur parler immonde. Le bois n'était pas si grand mais, avec de la chance, il arriverait peut-être à leur faire perdre sa trace ou à les retarder un peu ? Bientôt, il serait de l'autre côté et il ne pourrait plus qu'implorer les Valar pour atteindre avant eux le campement qu'il avait aperçu plus tôt dans la journée.

Le souvenir lui revint, si récent - si douloureux -, de la vieille Alya qui les mettait en garde le matin même contre l'hostilité du Pays de Dun. Thramir avait acquiescé sobrement, égal à lui-même, et Carmodán l'avait regardé de haut, à son habitude, comme s'il s'attendait à ce que lui, Brethil, fanfaronne et fasse l'imbécile parce qu'il était le benjamin de la bande. Alya ne parlait alors que des Dunéens. Qui aurait pensé trouver des Orques si loin des montagnes ?

Trois Dúnedain, même bien armés, n'étaient pas de taille face à une quinzaine de ces créatures. S'il était revenu quelques instants plus tôt...

... Il serait sûrement mort avec eux. Un seul homme de plus - surtout un novice comme lui, dont c'était la première expédition - n'aurait pas changé l'issue du combat. Ce n'était qu'une mission de routine pour les Rôdeurs, aller mesurer l'atmosphère au Pays de Dun. Et maintenant ses compagnons remplissaient la panse des Orques.

La nuit se fit soudain moins sombre : Brethil venait d'atteindre l'orée du bois. Il s'appuya un instant contre le tronc d'un bouleau - l'arbre dont il portait le nom, justement - et reprit sa respiration. Au loin, il crut apercevoir une lueur tremblotante, peut-être un feu, peut-être le camp d'une des tribus nomades ? Sans attendre, il s'élança vers cet espoir ténu, traitant par le mépris ses muscles endoloris.

Une douleur brûlante lui traversa soudain la jambe, manquant de peu de le faire trébucher. Une flèche. Plantée dans le mollet, frottant contre les os au moindre mouvement. Probablement empoisonnée, pour ce qu'il en savait.

Une partie de lui-même voulut s'arrêter là, dégainer son épée et attendre stoïquement une mort aussi glorieuse qu'inévitable. L'autre partie - plus lâche ? - l'enjoignit de fuir de toutes les dernières forces qui lui restaient.

Il écouta la seconde.

Chaque pas était souffrance, une brûlure acide qui lui parcourait tout le corps. A un moment, il entendit un hurlement rauque et primitif, et s'aperçut qu'il sortait de sa propre gorge. Derrière lui, les exclamations des Orques, cris victorieux et rires bestiaux. Proches, trop proches, à peine une centaine de pas.

Ils avaient ralenti. Ils attendaient de le voir tomber. Ils jouaient, en somme.

Une nouvelle flèche se planta dans le sol, à quelques pieds de lui. Une autre se ficha dans le bouclier qu'il portait sur le dos. Mais il ne ralentit pas, poussé par sa terreur. Le point ténu en lequel il avait mis tous ses espoirs ne semblait pas plus proche. Pourtant il continuait de courir, malgré la douleur omniprésente, malgré le martèlement de son coeur dans sa poitrine.

Tout simplement parce qu'il n'était plus capable de penser qu'il pouvait faire autre chose.

Il réalisa soudain que d'autres cris s'étaient joints à ses hurlements et aux vociférations de ses poursuivants. Des brames graves et sonores. Dans sa fuite éperdue à la clarté des étoiles, il venait de passer à quelques dizaines de pas d'un troupeau de bovins, peut-être celui que suivaient les Hommes de Dun croisés le matin précédent.

Partagés entre l'irruption soudaine de cette profusion de viande fraîche - mais aux sabots puissants et aux cornes acérées - et l'envie de poursuivre leur chasse du jeune Dúnadan, les Orques s'étaient arrêtés. Les bovidés, de leur côté, réveillés par le bruit et paniqués par l'odeur des Orques, commençaient à s'agiter en tout sens.

Et brusquement, le troupeau s'ébranla. Menés par un grand mâle au large poitrail, les animaux chargèrent en direction des importuns.

 * * *

Le matin suivant, Durf et ses hommes eurent le déplaisir de voir que le troupeau qu'ils suivaient depuis quatre jours avait décampé pendant la nuit. En remontant les traces, ils avaient eu la surprise de trouver un corps, un jeune homme aux trois-quarts mort avec une très vilaine blessure à la jambe.

S'il s'était agi d'une tête-de-paille du Rohan, Durf l'aurait sans doute achevé sans arrière-pensée avant de continuer son chemin. Mais celui-là n'était qu'un enfant et avait les traits de ceux du Nord. Certainement inoffensif, ne serait-ce qu'au vu de son état. Il fit donc nettoyer la plaie et attacher le blessé sur un cheval de bât, aux dieux de choisir s'il vivrait ou non.

Un peu plus tard, il trouva les restes éparpillés d'une dizaine d'Orques. Tous portaient des marques de cornes ou de sabots. Il cracha au sol et remercia les dieux d'avoir envoyé le troupeau sur les créatures. C'était sûrement un signe qu'il devait laisser ces bêtes en paix. Il donna à ses hommes le signal du retour vers le reste de la tribu.

Le jeune étranger allait peut-être vivre, finalement.





* : mytho spotted ^^

** : pour les incultes*** : anthologie, recueil de nouvelles d'auteurs différents, généralement autour d'un thème.

*** : ou ceux qui ne causent pas le jargon des écrivains ;)

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